Une Saison dans l’Donjon (oeuvre en progrès).

Eagle Tower et Inner Bailey. Courtoisie de Ruth Dean, 1972. © Copyright Alison Stones. Source : cliquer.

Qliphottes

ou

Une Saison dans l’Donjon

tiré des carnets «surréels» du scribe

Oeuvre en progrès

© copyright 2011 Hamilton-Lucas Sinclair (Loup Kibiloki, Jacques Renaud, Le Scribe), cliquer

Introïduction en quelques noytes (au début c’est dépaysant, mais à la longue on s’y r’trouve – ça m’arrive, méfiez-vous, ça peut vous arriver) :

Noyte 1 : «qliphottes», «cliphottes», «clifottes», «clifotes», ou «clipotes», etc., sont, mutatis mutandis, moutardis mouturis, synonymes de «qliphoth», qui peut s’écrire de maintes autres manières, comme en témoigne cette liste, certainement incomplète, trouvée sur Wikipédia (re : article wiki sur «qliphoth» en français, article wiki sur «qliphoth» in English) : qlifot, qlifoth, qelifot, qeliffot, qelifoth, qlifa, qlifá, qliphot, qliphoth, qeliphot, qeliphoth, qellippot, qelippoth, qulifa, klifot, klifoth, kelifot, kelifoth, klifa, kliffa, kliphot, kliphoth, keliphot, keliphoth, kelifot, kelliphot, keliffot, etc.

Cette liste est certainement incomplète puisque, par exemple, on n’y trouve ni «qliphottes», ni «cliphottes», ou «clifottes», «clifotes», ou «clipotes», que je viens pourtant tout juste d’inventer.

Quoi qu’il en soit, le calcul en qabalah de chacune de ces graphies de qliphoth-klifa-clifotte-clifote-cliphotte-etc. révélerait certainement l’extraordinaire créativité et sens de l’humour et autres sautes et retombées d’humeurs de la source première du voile – sans laquelle le voile, même dans ses minceurs les plus dégonflantes, ne serait certainement pas.

Noyte 2 : Les clifottes sont des sortes d’«écorces» «occultes», d’«enveloppes», de «coques», de «cosses», de «gousses», de «voiles», de «pelures» ou d’«épluchures», de débris astraux aussi, name it, qui cachent le divin ou la présence divine dans le monde, ou en sont dénués.

Certaines donnent parfois une sensation de minceur et d’évidement très poussé, ou un goût d’suie ou de brûlé – mais pas toujours. Elles sont généralement considérées comme «maléfiques» par la qabalah hébraïque d’où origine le terme «qliphoth», mais elles ne sont pas toutes «maléfiques» (au sens hollywoudinant de «iveul», vous savez? genre beu! beu! rââââ! ho! les grosses cornes!) et en fait, certaines sont plutôt marrantes, d’autres d’un romantisme tout-à-fait respectable : songez au goût prononcé des clounes pour les cosseméthyques, des âmes sensibles pour les coquelicots. Il y a de tout.

Chose certaine, ils ou elles participent tous et toutes au jeu voilant de la maya, le voile terne, vivide, flasque, délirant, joli, prestigieux, superbe, méprisable, digne d’honneurs, de malédictions ou de ridicule, fiévreux ou ouatever, qui recouvre la réalité en tissant son truc et en y retentissant.

La réalité sous le voile – ou envoilée dans le voile (elle est mystérieuse, futée, la conscience de l’enfant-réalité originel qui, lui, joue à cache-cache dans les boules, la balle, les pelures et les plumes) – cette réalité sous le voile est divine et infiniment plus vivante que le truc clifottant qui la cache ou cache la racine du jeu de la réalité, du jeu divin, la lila.

Le voile de la maya, nous y vivons tous, ou presque tous – presque, par divine mercie – certains d’entre nous vivant dans le voile complètement, d’autres presque complètement, certains, de moins en moins complètement, certains d’entre nous, mêmes, y vivent tellement de moins en moins complètement que maints ou maintes clifotteuses ou clifotteurs commencent à trouver la coque lourde à peinturluer et à porter, et commencent à envier le sort heureux de ceux qui s’échappent du faux des choses et accèdent de plus en plus à la réalité divinisante du vrai de ces mêmes choses et à leur réalité. Et l’on entend alors les choses du monde qui se mettent à craquer de toutes leurs cosses et moultes coques, et le Donjon qui commence à lâcher des grands pans de lui-même sur la grouillasse encoquée où nous divoguons, à craquer sous la pression méditative de Nérée du Donjon D’Fond, le prisonnier, dont Alice dit qu’il est un Titan, ce qui est probablement vrai, ce qui ajoute à l’énigme – et ce qui confirme sertains passages du paragraphe que vous venez de lire. Sacrée Alice.

Tout ça est parfois hilarant, je l’admets, quoique pas toujours drôle, loin de là, ça c’est sûr, aussi sûr que peut l’être une pleine bouchée d’oseille noyée de citron et privée d’huile, un solide antioccident que tout le monde n’apprécie pas de la même manière, mais c’est comme ça.

Bref, à la lisière du voile, aux bords des temps clifottants, aurons-nous au moins su – et c’est ce qui compte – que ce fut un grand Vaisseau taillé dans l’or massif et que ses mâts touchaient l’azur, sur des mers inconnues.

Mais je ne vais pas gâcher tout l’truc par trop de références et autres considérations sérieuses. Quoique, cependant, (stop!)

Noyte 3 : Le texte que vous allez lire (je l’parie!) est une oeuvre en progrès, il est l’objet d’une révision (ir)régulière.

Il faudait peut-être que j’explique ce qu’est un “ata”; un “ata” n’est pas un “chapitre”.

On peut imaginer une roue qui n’aurait que son moyeu et ses rayons – une sorte d’étoile. Au bout de chaque rayon de la roue, on imagine une sorte de cercle ou de sphère. Anoytez que “sphere” s’écrit avec exactement le même jeu de lettres que “sepher” (en hébreu, “sepher” signifie, entre autres, “livre”). En chaque sphère qui se trouve au bout de chaque rayon se déroule un ata, et chaque ata communique, par le rayon, avec le centre (le “moyeu de l’étoile”) et, de là, peut communiquer avec chacun des autres ata. ata est un mot que j’ai inventé, ce qui est une manière de dire que je ne sais pas qui l’a inventé avant moi. Il me semble que ce mot pourrait changer. Que je pourrais en trouver un autre pour désigner la même chose. On verra.

D’autre part, je ne sais pas qui ou quoi écrit ces choses, mais je sais qu’elles traversent mon esprit et provoquent parfois en moi d’irrépressibles fou-rires ou fous-rires, au choix. Je me suis rarement autant plu à écrire quelquechose qu’en écrivant ces textes.

Au début de cette noyte, je voulais écrire “note” mais j’ai commis une coquille et j’ai écrit “noyte”. J’aime beaucoup mieux “noyte” que “note”, merci coquille. Comme j’aime beaucoup plus “anoytez” que “notez”. Cependant, (stop!)

(On trouve une autre amorce de présentation rudimentaire (en cliquottant ici) dont vous pouvez vous passer sans périr; qliqage facultatif.)

Bonne lecture :)

**

Da esto ta kara ta em kom tahete
dosse keru tella osse da no tella.

(Que ton coeur sache l’être
et la douceur te sauvera.)

Le scribe

ata aka

– Assez insisté!, bibla Niquelle Tambour. Tords-toi par terre, toi qui as mal vécu. Que voulais-tu au juste, pardi!? Les choux-fleurs d’autrui? cuits? savamment aromatisés?
– Outrage!, cria le prisonnier. Je n’en voulais pas tant! À tort, la mélancolie me plastre.

On entendit la voix de Lila, l’une des LLs.

– À qui dis-tu ça, Niquelle Tambour, demanda Lila. Au prisonnier prostré?
– À qui d’autre?
– N’oublie jamais qu’il entend Marie-Magdalena, dit Lila, le scribe le transcrit lui aussi. Lui seul a raison de …
– Lui seul? qui?!! demanda Niquelle Tambour.
– Le scribe, dit Lila. Suis! Quand au prisonnier, il se nommerait Nérée, mais c’est pas sûr…
– Qui t’a dit ça?, demanda Niquelle Tambour.
– Je le sais, c’est tout, dit Lila. Il s’appelle Nérée du Donjon D’Fond. Lui seul a raison de parler à la pucelle, c’est comme ça, et si la pucelle lui donne le paradis, il l’aura.
– Marie-Magdalena est pas vierge!
– Je ne parle pas de Marie-Magdalena, dit Lila, et de toutes façons, «pucelle» et «vierge», c’est pas la même chose …
– Mais de qui tu parles, si c’est pas d’Marie-Magdalena?
– Il y a beaucoup de noms dans ces univers, dit Lila.
– Mais qui est-il, cette flûte de Pan dans l’donjon, cet endormi?
– Il était ici, dit Lila, dans le donjon, je passais …
– Moi aussi, dit Niquelle Tambour, je passais! Qu’est-ce que ça change!? …
– C’est un ancien du paradis, dit Lila, il vient du paradis, c’est un amant du paradis, je le chéris …
– Qu’est-ce qu’il fout ici?, demanda Niquelle Tambour.
– Et toi?, dit Lila.
– Je passais, dit Niquelle Tambour, j’t’ai dit.
– Comme moi, dit Lila. Mais lui aussi, il passe …
– Mais qu’est-ce qu’il cherche?
– Et toi, Niquelle Tambour, qu’est-ce que tu cherches?
– Moi? Je sais pas. Mais lui?
– Il cherche le paradis qu’il a perdu, dit Lila.
– Et il pense le trouver ici, cet endormi? Dans un caveau!?
– Tu l’as retrouvé, toi?, dit Lila.
– Je l’cherche pas!, répondit Niquelle Tambour, je l’cherche pas, ça existe pas!
– Alors qu’est-ce tu fous ici, tordue? Tu cherches l’enfer?
– La ferme!, grogna Niquelle Tambour.

Elle se tut. Lila aussi.

ata pera

Le scribe transcrit. Le scribe transcrit. Le scribe est incarné dans le prisonnier. Le scribe est, dirait-on, dans l’donjon. Il transcrit par le prisonnier. Vous en saurez probablement peu sur lui. Sur le prisonnier. Mais il est omniprésent dans le texte, et le scribe, lui,  omniactif en lui. Une histoire dans l’donjon. Une immense histoire dans un immense donjon. La saison du donjon.

ata tera

Quand le scribe écrit que le scribe écrit, c’est le scribe qui l’écrit. Sons prononcés en ténèbres ou lumière. Formés par étreintes. L’air incandescent bat le métal dans le souffle du son. Attise. Sons reliés à ta naissance par ces chemins, par ces couloirs, par ces orbes de feu qui bourrent.

ata mipri

Tantieur, le chef du temps deux fois vert, bleu foncé, fit «SPOUM» le temps d’un court buzz.

– Méfiez-vous toujours des alignements de majuscules, dit Loula, une LL, en survolant soudain les lieux, nous ne sommes pas seuls-seules.

Éveillé, Adam sourit, recourbé.

– Adam, dit Leila, une autre LL, le scribe trace ceci à savoir que si feu doux dans la poitrine, feu doux dans les membres, autour des membres, des bras, des mains, bien. Signe du bon. Signe du bien.
– Dogme cassé, dit Loula la LL ses jolies fesses sur une roche ocre. Recueillir les débris. Nourrir un feu doux. Ainsi l’art d’être, nourri de branches et d’os, fait craquer le noir en éclairant la nuit.
– Tu écris bien, dit Adam à Loula.
– Demande protection fine au-dedans de toi contre les ennemis de la chair, dit Loula.

Et elle quitta d’un coup sa roche ocre.

Adam pleura, les yeux pleins de soleil.

ata matina

– Non!, dit Niquelle Tambour à Lila.
– Je n’ai rien dit, dit Lila éberluée.
– Non!, répéta Niquelle Tambour.
– Qu’est-ce que c’est, ça, «non! non!» tout le temps?, demanda Lila. C’est quoi, cette manie?!

Lili est face à Lila, Lili effaça Lila, Lili face à l’ile a soif, Lili est face à mille fois lilac soif, Lili piles et faces.

– Non!

ata téhéma

– Tu es la fille endormie du souk, engourdie, effilée, trop couverte, dit l’une des deux à l’autre. Où est ton charme?
–  Ceci est la rivoulpa que j’ai vue, répondit l’autre à l’une. Esthète et grossière. Le charme est dans mes yeux. Où est le tien?
–  Le mien est dans mes pattes, mes dollars, mon cul.
–  Il sera excrété, dit la fille du souk qui ne dormait pas. Tu perdras.
–  Non. Je mourrai.
–  Oui, dit la fille du souk. Moi aussi. En attendant, montre tes yeux.

La fille montra ses yeux beurrés de sperme de serpent. Il y eut un débat de société fortement scripté sur les yeux qu’on ne voit plus. Il fut proclamé tout du long qu’il fallait tout montrer, sauf les yeux. On se perdit en cuicuis.

ata nur

Une nuit pleine de lune, Ézékiel Jean-Conteur est debout, à l’extérieur, au pied du donjon. Il commence: «Ennoblie selon la science et l’esthétique, tel un cheval de Troie ou un alligator géant, une foule, quelque part, confia rituellement sa nuque à Tlaloc. Le quelque part était ici.»

Nérée du Donjon D’Fond, le prisonnier, prêta l’oreille à l’histoire qui commençait. Ça sentait les fins d’époques. La présence d’Ézékiel Jean-Conteur aussi l’étonnait: nul ne s’approchait du donjon sans danger.

Ézékiel Jean-Conteur poursuivit, enfanté par le scribe: «Tlaloc, le dieu des lesbiennes, au son “lod”, s’égaie comme un tambour et se multiplie comme des poussières …»

– Ah, dit une femme formidable et connue.

La foule accourait au pied du donjon.

– C’est arrivé quand, ton histoire, Jean-Conteur?!
– Quel jeu judicieux, dit l’une..
– J’aime la peur!, lança une autre femme formidable écornue …
– Les p’tits carrés cultivés, gris et blancs, sous nos pieds pleins d’lait!
– Et de un et de deux! Tigalop tigalop trotte crotte.
– C’est sa farce …
– Sa farce à qui?
– La farce inventée par Ézékiel Jean-Conteur … C’est d’la cultûûûûrrre! …
– Non! Tu vois bien!, pontifia une femme formidable et corps nu, c’est pas une farce: r’garde les icônes gravées sur les murs du donjon … On est déjà rendus/rendues …
– Où ça? …
– Partout! Ça boursoufflotte! Vous voyez pas!? …
– Oui, mais …
– Nos têtes, pardi! Tu les vois pas sur les murs comme des pastèques durcies? Font déjà partie de l’histoire gravée, là … C’est formidâble … Oh! …

Elle fondit en pleurs en criant: «Quel honneur!»

Il y eut de l’écrapoutissement.

– C’est vraiment têtonnant!, lança une autre femme cornemurante formidable. Oui! Quel honneur!
– Et les juments carbonisées!, dit une autre, sa main serrant sa gorge: alors là, elles sont vraiment réussies! La mise en scène est formidâble! Je m’en touche …
– On en louche!
– Les vierges, les putes …
– L’horaire télé …
– Les masse-massacres! Tout est là! C’est un Oscar …
– Non! C’est pire, c’est un Nobel!
– Une conspiration?
– Non! Une constipation!
– La ferme!
– Le beau donjon!
– C’est pas un donjon. Ça existe plus, les donjons …
– C’est un cinéma? …
– Non!, cria Niquelle Tambour qui se tenait à l’écart.

Sa voix résonna partout.

– C’est un bar, cria encore Niquelle Tambour, c’est un bordel, c’est un trou sale, ou c’est un abattoir formidâble! …
– Ah oui?… murmurèrent des morceaux de foule hésitants.
– Non!, rétorqua avec conviction Niquelle Tambour qui ne pouvait jamais s’en empêcher.

La foule rassurée se précipita pour de bon dans le clair-de-lune carrelé et s’engouffra dans l’donjon.

ata carrane

«Raffinée de ce fait, mais pas du tout ailée», poursuivit Ézékiel Jean-Conteur, «mutilée plusieurs fois sans raison parce qu’elle en avait acquis l’goût, la foule vit, au moment de s’engouffrer dans le donjon, quelque sec tauro roux qui se rendait lentement, en sens contraire, aux ablutions de nuit des veaux capables.»

– Ça alors!!, hurla la foule scandalisée par tant d’indifférence et d’audace rétrogrades.
– Essaie pas d’nous mêler, bull roux déshydraté, dit, en s’approchant, l’un des plus sexés des veaux qui se précipitait vers l’entrée du donjon.
– Tu es si grue, dit un ventru d’foule en s’approchant, franchement fâché, du bull roux et en lui montrant son index. Et tes instincts sont sans teinture!

Le bull roux se tut en poursuivant son chemin vers la cascade des ablutions pendant que la foule s’engouffrait complètement dans l’donjon.

«Offrant ainsi avec enthousiasme son sang tendre et succulent aux mystères de Tlaloc et aux papilles buvardes de sa grand’langue nocturne, invisible et silencieuse», poursuivit Ézékiel Jean-Conteur, «confortée en ses voies par le «non» indiscutablement convaincant de Niquelle Tambour, la foule se sapa le corps en entier et fut anéantie dans l’honneur et l’enthousiasme par une force inconnue qui hantait le donjon. L’histoire qui en reste grouille de détails crus sur lesquels nous reviendrons peut-être, mais à quoi bon, mais peut-être quand même, quoique à quoi bon. Nérée du Donjon D’fond, le prisonnier, survécut. Tlaloc aussi, sans doute. Et avez-vous remarqué? Personne n’avait émis le son «lod». Le simple mot «mélodie» aurait peut-être pu faire l’affaire, il l’enmatrice, et le cas caché ainsi mouffe tout, ou presque.»

ata meko

Une phrase nue, suspendue, qui ne bouge pas. Le scribe dit qu’il manque des compléments et il sait que c’est une tautologie de le dire. Il manque des phases. Tout est à apprendre.

Le scribe dit que cette recherche sous la cosse des mouvements et des mots pourrait bien être une perte de temps. Pourrait. Si c’est une recherche. À cause de son objet. Pourrait. Comme dans to pour, en anglais, as in to pour water on the serpent en poursuivant le temps dans les labyrinthes où il sombre en ondulant comme un rapide. En poursuivant le serpent dans l’onde où il ule. En pour suivant le navigateur.

Si ce n’est pas une recherche, c’est un destin. Si c’est destiné, il faut l’assumer. Consciemment. Alors, ce n’est pas une perte de temps.

ata nouri

Parfois le scribe s’arrête et c’est une prière. Une prière dans la chair. Le scribe est en bonne voie. Sa prière est fine et l’immense matrice de sa prière révèle de grands réservoirs de compassion créatrice. Le scribe ne savait pas qu’il en trouverait autant. Le scribe apprend à y puiser.

Du puits de l’infini, monte la lueur des formes.

Terreur. Combat. Sérénité.

ata neo

– Le sel a raison, dit un troll, il pourlaque la pucelle.
– Coeur a compassion, murmura la nuit, il doucémise longuement et la pucelle transforme le sel en onguent.
– Protéger …
– Le jeu mets ses prises sur l’échiquier mouvant …
– Cascade …
– Temera la!
– Espemet tetesem …
– Metempsi leï quose leï ka acheöses.

Scientigentsia tricidente treü
nosse tar ennolis a lemmeshtiq azenne
ouqnou nouhouk kunke tnanococ euqlitsal
peniuq al gatorpou anital palonde
tang ella val rite anesse nassulped
tepi lussephanna electri to al nem.

ata tria

Quelquechose maintient quelqu’un dans l’incendie astral. Quelquechose déclenche la guerre de ce plan. Quelquechose attaque et stimule l’esprit dru, vif. Rousses étincelles incandescentes, chevelures filant dans le couchant comme des vagues attendries, touchantes, pleines de sourires, de pleurs, de mémoires, pleines de fruits qui n’existent plus.

ata lion

C’était le printemps. Le champignon brûlant avait jailli d’un coup au centre des cités. Énorme. Ansiyav était intact, sa compagne était cuite, mais Loïse, la soeur d’Ansiyav, était accourue à ses côtés, intacte aussi. Ni Ansiyav, ni Loïse n’avaient été touchés. Ils se tenaient par la main. Ils contemplaient le lent, pathétique grouillement des restants.

– Le cataplasme est saturé, dit Noqué Lebeggueur en montrant le bout de ses drôles de bras, ça dégoutte, on peut même plus begguer comme ça, les doigts de mains décollés!
– Ç’a pété fort, dit quelqu’un qui cherchait ses pieds en tanguant et qui rêvait d’être cité.
– Ma truelle! On m’a volé ma truelle!, cria Noqué Lebeggueur. J’peux plus r’construire!
– Dieu soit loué, murmura Loïse.
– Quête! cria quelqu’un.
– Les riches sont dessous les blocs, les pauvres aussi, lança Noqué Lebeggueur. Mort flattes! Quand on passe dix, ça once à plein sions dans paume, les médailles font des trous dans l’arse, c’est le p’tit fourbe déguisé en prune de beu qui l’a dit.
– On s’drille des prises d’air dans l’béton, hurla un riche mort de sous les ruines, faut, ça finit par faire crac-crac, patatrac boum, l’empire est en tas partout, plein d’poussières qui puent, qui tuent, comment j’vais faire pour payer mon voyage en Floride pis payer mon hypothèque sur ma troisième maison? Hein? Répondez! Répondez! J’pourrai pas, j’vais mourir! Shit que c’est platte!
– T’es mort …
– Ouinn …, fit un autre gras-dur mort écrapouti sous les masses de gratte-ciels transformés en défonce-culs. J’veux payer! …
– Payer quoi!?!
– J’veux payer! J’ai d’l’argent! J’veux payer!
– Quoi?
– Est-ce que j’sais!?
– Non!, cria Niquelle Tambour.
– Pourquoi?….
– Non!, cria encore Niquelle Tambour mystérieusement intacte aussi. T’es sourd!?
– Ansiyav, dis-moi, demanda Loïse: l’amour est-il d’un bleu trop pur, trop transparent? Un peu d’orange, peut-être?
– On parle pas d’ça!, cria un mécontent.

Ansiyav serra sa soeur contre lui.

– Nos gueules!, lança une voix venue de quelque part. C’est arrivé à cause que l’monde y travaillent pas assez fort!
– Dénutée sans allure, quelle rosse se reinera pas l’crâne avec une calotte pleine de pointes en or volé?, dit un mp3.
– C’est vrai, dit un étrange mortifié la tête sous l’bras. Prenez Taltyr la Nique, la pirate, elle …
– Ah! celle-là!, cria une sorte de voix d’femme.
– Elle a des pointes piquantes pleines de pierres brillantes partout su l’crâne, poursuivit l’étrange mortifié la tête sous l’bras: c’est une des monstrassions qui l’prouvent, le monde sont d’même, y veulent quelquechose de ouash …
– Une couronne!? Une mentonnière pour l’ostie d’face de sardine!
– De qui tu parles?
– Une mentonnière! Ancrée dans une concoction d’or dread.
– Avec un p’tit piment? …
– Niaiseuse! …
– Retors, lança quelqu’un du fond de son corps plié, rendez-moi ceux qu’on prend tout ailés.
– Ah, la nostalgie, fit un animateur reporter de la radio d’État. Qui eut pu prédire ça? …
– Toé, face de plâtre! Cache ta maudite face de bellâtre inné et rends-moi la truelle, sangsue.
– C’est un micro que j’tiens, dit Rogné-Chaulé Lehaletant en se tenant aut’chose dans la main, je suis au service de la liberté d’expression, n’est-ce pas, c’est vraiment intéressant c’qui s’passe, distrayant, oui, c’est anecdotique, c’est sûr, mais je pense qu’il faut hè hè hè que j’en parle quand même demain, toujours demain, quand c’est bien meilleur, le matin, hè hè, donc, comment dire …

Lehaletant disparut d’un coup dans les alvéoles béantes de son long micro mou en chantant des motrins collants.

– Est où ma truelle?, demanda encore Noqué Lebeggueur. Hein? C’est plein de ruines partout!
– Bouhou!, se moqua quelqu’un, lâche-toé l’gun pis décroche!

La mobe voulut courir après le type qui se moquait, on voulait l’lyncher, mais la mobe avait plus d’jambes.

Loïse se tourna vers Ansiyav.

– Qu’est-ce qu’on fait maintenant?, demanda-t-elle.
– Rien, répondit Ansiyav. Dans quelques minutes ils seront tous morts, tous définivement pfuités dans l’néant.
– On va au paradis et on attend qu’ça r’pousse?
– Oui, dit Ansiyav.
– Ça va être joli, ici, non?
– Oui. Après.
– Un immense jardin sauvage, murmura Loïse.
– Oui, mais il faudra du temps.

Au fond, une belle histoire d’amour et de printemps. Le scribe l’a d’ailleurs transcrite et terminée le 14 février 2011, le jour de la Saint-Valentin. Sur Wikipedia, on lit: «L’association du milieu du mois de février avec l’amour et la fertilité date de l’antiquité. Dans le calendrier de l’Athènes antique, la période de mi-janvier à mi-février était le mois de Gamélion, consacré au mariage sacré de Zeus et de Héra.» hUrl : http://fr.wikipedia.org/wiki/Saint-Valentin

ata mekor

Ne laissez jamais Trollenchef pénétrer cornu tout nu dans une forge, sinon la pommade s’épuisera par amour du métal.

La preuve.

Trollenchef fit irruption tout nu cornu dans la forge. Un nuage d’oiseaux fit le tour de l’enclume en clapotant des ailes. La pommade frivole accourut sur ses deux longues jambes invertébrées.

– Qu’en penses-tu, bonhomme? demanda Trollenchef à l’enclume.
– La pommade est trop tendre pour un abus sexuel, dit l’enclume.
– Ah oui!?, grogna Trollenchef.
– La pommade est belle, suave, onctueuse et noble, dit l’enclume.
– Quoi!?, fit Trollenchef contrarié.
– La pommade a tout son charme dans les années, elle est comme un murmure, une pomme oléante-oliante-oléeuse qui murmure, une ode, un onguent divin, une tige d’avoine, une étincelle qui volette, un colibri perché sur une enclume, une …
– Ça suffit! l’enclume, cria Trollenchef. Vous êtes molle comme un linge à vaisselle mouillé et la pommade est tata!

L’enclume protesta.

– La pommade est consciente, dit l’enclume, elle dénonce la voie du Chef …
– Horreur!, cria Trollenchef.

Trollenchef n’aime pas la défaite. L’enclume non plus. Le seul qui peut taper sur l’autre, c’est Trollenchef. Celui qui a le plus à y perdre, c’est Trollenchef. Si Trollenchef attaquait l’enclume, il aurait besoin pour ses mains meurtries de la pommade qu’il veut violer. Trollenchef est devenu confus. Équivoque, tout nu, navru, navrant, écornu, furieux, Trollenchef est sorti de la forge. Il est allé écoûter un crapaud se vautrer sous son regard. Ça faisait flosh! flosh! Trollenchef aimait ça. Mais on ne sait pas si ça le calmait.

Dans la forge, les étincelles se sont versé du vin. La conversation est morte de soif. La pommade est tombée amoureuse de l’enclume et s’est pommadée dessus partout. Pommadée partout, l’enclume a vu son existence prolongée: la rouille n’avait plus de prise sur elle.

Mais l’enclume a commencé à se désintégrer après avoir complètement épuisé la pommade.

C’est alors que Trollenchef est revenu dans les parages et d’un coup de poing a réduit l’enclume en milliards de milliards de miettes rougeâtres. Trollenchef se blessa au poing droit mais il n’y avait plus de pommade pour soigner le poing droit de Trollenchef. Le poing de Trollenchef fut atteint de gangrène et Trollenchef se l’arracha et transforma la forge en taverne.

Morale de l’histoire: Ne laissez jamais Trollenchef pénétrer cornu tout nu dans une forge, sinon la pommade s’épuisera par amour du métal.

On a qu’à lire l’histoire qui précède pour s’en convaincre. C’est clair.

ata liphemor

La fille du serpent s’appelle Kaôme. Sa volonté de retour dans la chair est Ha. Elle s’appelle Kaôme-Ha.

– D’où ça vient, ça?

Le scribe a transcrit.

– Le mot «kâma» sera prononcé par la gorge, le pénis, l’ovaire, l’anus, le clitoris, dit Kaôme-Ha.
– Cessons ces sons, lança Niquelle Tambour. Je les entends très bien! et je peux vous dire: ils n’existent pas!
– L’essaimance-bouche, lança Kaôme-Ha en haussant les épaules.

Les cumulus tombèrent sur Niquelle, ornant ses seins d’ondes blanches et floffées, criblant ses joues d’oiseaux. Niquelle Tambour n’eut pas le temps de dire «non»; Kaôme-Ha sourit finement, une commissure plus haute que l’autre: c’était la première fois dans l’histoire de l’univers que quelqu’un avait réussi à gagner de vitesse Niquelle Tambour.

Il manque des complémentarités, écrit le scribe (et il écrit: «tautologie!»). Kaôme dit qu’elle est, elle-même, la guerre à la chair. Le scribe transcrit, mais c’est pas clair. Quand c’est pas clair, contempler le feu avant d’y toucher. Contempler, c’est déjà toucher. Comme louer, c’est s’absorber.

Cette fille, Kaôme-Ha – mais elle n’est ni une fille ni un gars, souvent on dit ni «elle» ni «il», on dit «ellil», on dit qu’ellil est d’ailleurs, mais très féminine, donc on dit aussi «elle», mais c’est en bonne part une illusion. Cette fille, Kaôme-Ha, elle se maintient dans l’astral en feu contre le courant de l’éther astral en feu, elle fait la guerre à la chair avec de l’incandescence.

Elle fait la guerre? À la chair? Ou le contraire?

Trouvez la sarbacane ondoyante cachée dans un musée. C’est une histoire de souffle et ça passe le temps. Il y a place pour l’inversion? L’inversion de l’invasion? De l’assaut cruel? De la domination qui étouffe? Est-ce la guerre? La terre? Le temps? Le brasier? Kaôme-Ha fait-elle vraiment la guerre à la chair? Introduit-elle la guerre de la chair?

Ou introduit-elle l’armement de la chair, la défense de la chair?

Armer la chair? Le pouvoir de la chair? Comme dans: «L’ennemi lève le bras pour frapper et son bras fond d’un coup dans le néant marrant, happé par un éclair amoureux du non-frapper-n’importe-qui?»

– Kaôme-Ha, c’est une bonne ou une méchante?, demanda Essaime Tarland.
– Non!, cria Niquelle Tambour.

Nous rencontrons toujours, un jour, Essaime Tarland. Un binaire. Patientez. Vous allez voir. Ce ne sera pas une récompense. Ni, d’ailleurs, une punition. On ira vraisemblablement dans le ternaire. Vous vous en apercevrez. C’est sûr. Ou c’est pas sûr. Ternicoti.

ata nikor

On a décorrissés Selig et Sidong. On les a docorrissés de l’Ordre du Cacadoie. Ils ont mérité le whisky des orfèvres de l’État du robinet suave. Le roi du Cacadoie l’a publiquement dit en leur présence. On ne sait pas encore s’ils en rougissaient de honte, ou de plaisir, ou de plaisir de la honte, ou de honte du plaisir. Enlignés, nettoyés, torturés, si dignes, Selig et Sidong se sont ensuite alités, tout mou, en se comparant mutuellement leurs ordres du Cacadoie pliants tout neuf.

Sur la table, le roi érudit se distrayait seul, nu, en faisant des signes décodables à Selig et Sidong qui décodaient ou ne décodaient pas.

– Déesses, cessez votre ténacité, dit le roi.

Selig et Sidong prêtèrent leurs oreilles au roi en oubliant d’éprouver qu’ils agissaient avec audace.

– Assez de nous ruiner sans discernement! dit Selig au roi.
– Déesses nobles, trop élevées, de mélasse point ne vous inquiétez, dit le roi à Selig.

C’était codé, pas de doute.

– Ne tenez point d’erreur au-dessus de vos têtes laides et dures, dit Sidong à Selig et au roi.
– Vos têtes sont d’écorce dure, dit le roi à Selig et Sidong en faisant une moue typiquement cacaïenne.
– Assez!, cria Niquelle Tambour en apostrophant le roi du Cacadoie.

Niquelle Tambour se tapait sur le front.

– À moi!, lança Niquelle Tambour.

Les LLs apparurent, amusées.

– C’est quoi ça?, demanda le roi, soudain parcouru d’une sorte de rapide et brutal ondoiement sismique.
– Des déesses!, dit Niquelle Tambour, des vraies!
– Quoi?
– Non!, hurla Niquelle Tambour.

Selig et Sidong, terrifiés, se réfugièrent sous le tremblottement royal en butant partout des pattes et en serrant leurs décarrations de l’Ordre à s’en ensaigner les paumes. Selig et Sidong se regardèrent un moment, incrédules, en murmurant: «On … On est pas  des déesses?!» «Ç’a l’air que non …» «C’est … C’est …» «C’est terrifilliant …»

– Essorez la meflyka, essorez-la, toc!, lança Niquelle aux LLs.

Les LLs coulaient, ici et là, de toutes les couleurs de leurs arcs-en-ciels. Niquelle les amusait. Niquelle se tourna vers le roi, vers Selig, vers Sidong.

– Non mais! Élevez-vous dans la noirceur au-dessus de l’eunuque inutile!, dit Niquelle, il se sentira dix fois plus assoiffé de connaissance et de désaccord! Non? Comment détruire ces monceaux de viande inutile!?
– Tu exagères, non?, dit le roi du Cacadoie à Niquelle tout en ondoyant plus brutalement que jamais sur ses deux décarrés de l’Ordre qui avaient perdu leurs esprits et cherchaient désespérément leur souffle sous ce poids énorme de croyauté.
– Jamais!, lança Niquelle Tambour.
– Ah! Tu vieillis!, tu as dit «jamais»!, tu as pas dit «non»!, dit le roi du Cacadoie secoué de toutes parts et aux limites de la désintégration.
– Non!, cria Niquelle Tambour.
– Non!, cria le roi du Cacadoie.
– Destruction mutuelle assurée, dit Lilia la LL.
Mutual assured destruction, murmura une autre LL, Lyly, dite La Rouse.
Mad!, cria Niquelle Tambour.
– Non!, cria encore le roi du Cacadoie en brandissant frénétiquement une feuille d’arbre rouge à pointes toxiques sur fond blanc et en montrant ce qu’il lui restait de dents – l’ondoiement sismique les faisait tomber une à une.
– Non!, cria Niquelle Tambour.

Une immense explosion mit fin à la conversation.

– Non!, cria Niquelle Tambour.

Mais une immense explosion avait quand même mit fin à la conversation.

– Non!, criait Niquelle Tambour.

( Répondez pas à Niquelle Tambour … )

– Cette histoire de «pointes toxiques», demanda quelqu’un, comme dans «feuille d’arbre rouge à pointes toxiques sur fond blanc», aurait-elle quelquechose à voir avec ce passage d’un autre des contes surréels, vous savez? : «Trouvez la sarbacane ondoyante cachée dans un musée. C’est une histoire de souffle et ça passe le temps.»
– Non! cria Niquelle Tambour.

( Fiez-vous pas aux «nons» de Niquelle Tambour. )

ata lafi

Encore quelques milliers d’années. Jehanne n’a pas cessé de répandre un inconditionnel baume de courage et de joie. Fin de l’invasion. Fin des souffrances. Retournez chez vous! Le scribe écrit, transcrit, tout-meqtoubant. Face à l’île, il a l’île et l’île l’a. Affinités avec les mouches à feu.

ata lahire

– Éblouïe!, dit Laïla. Qu’il est svelte!
– Le scribe?
– Non, dit Laïla, je parle pas de lui …
– De qui?
– Quelqu’un dont le coeur porté par une déesse est tout vermillon. Je l’ai vu. Il unit la veille et la nuit …

Juste à ce moment-là, un cheval mort, et Priam Nasillant – un athlète crasseux – tombèrent d’une grosse branche banale.

– Non!, cria Niquelle Tambour, c’est lui?
– Non, dit Laïla, c’est pas de lui dont je parlais.

Priam Nasillant, l’athlète, se précipita sur la soupe des autres pour la mégaslurper avec une soif abyssale galopinante, pour ronger dans l’horreur le saindoux de l’âme, pour engouffrer dans sa panse le vieux cheval ivrogne, mort, tombé de l’arbre en même temps que lui, mais dans la marmite.

Le cheval, une jument, en pleine crise de delirium tremens, avait pris l’arbre pour une clôture, avait tenté de le sauter en s’emberlificottant dans les branches, et s’était daredare piégé d’amour pour une fauvette – un coup de foudre concussant dont la sublimité hyperinflationnante avait complètement incendié la jument.

– Pauvre homme, dit Laïla.
– Non! Pauvre jument!, lança de loin Niquelle Tambour.
– C’est vrai …
– Non! Pauvre fauvette!, cria Niquelle Tambour qui arrivait.
– Peu m’importe, dit Priam Nasillant en slurpant d’un ton austère et en persifflottant plein de gouttes puantes, j’en recueille l’énergie.
– Ah …

Priam Nasillant se prosterna, l’estomac plein, au pied de Laïla.

– Je te prie, je te supplie, dit l’athlète à Laïla, essuies mon jupon, mon pyjama, ma soutane qui ont frôlé la suie trop grasse. L’arbre était brûlé, plein d’suif de jument morte électrobroyée.

Laïla le regardait en pouffant de rire.

– Mademoiselle, euh, madame, dit Priam l’athlète, maintenant tenez-vous bien: je vous attaque! Souffrirez-vous d’être lasse en mes bras sublimes et stéroïdaux? Aimez-vous ce collier? C’est le collier de la vieille-qui-passe…
– Non!, cria Niquelle Tambour. C’est le passier de la vieille-qui-colle…
– Non!, cria la vieille en relevant sa robe. C’est le collant de la vieille-qui-pisse! …
– Non! Non! Non!, hurla Niquelle Tambour. C’est moi!

Le fond du nez de l’athlète, tonitruant d’amour, éternua et projeta en tous sens une vaste nuée de sang de mésange.

– Je suis heureux, dit Priam Nasillant en s’ébravant d’un ton scabreux.

Il répandit son regard autour de lui en se torsant l’oeil.

– Ah! j’ai l’oeil torsé, insista l’athlète en grognant et en fixant Niquelle Tambour.
– Non!, dit Niquelle Tambour.
– Refoulez votre refus de moi, dit Priam l’athlète.

Il reslurpa en grondant et en jetant à la ronde une bordée canonnante de regards torqués.

– Contemplez-moi mastiquant bien ces bouchées absentes de vos bouches, ravies, dont je vous prive, c’est le libre marché. Gardez votre équilibre vaincu.
– Non! cria Niquelle Tambour en s’enfonçant le doigt dans le nombril et en pinçant le nez de Priam.
– Comme moi, slurpa Priam Nasillant, soyez hibouse, madame, malgré tout.
– Non!, cria Niquelle Tambour en entourtillonnant brusquement, de Priam, le nez.
– Mesdames, corrigea Laïla. Nous sommes nombreuses, vous ne voyez pas?
– Non!, fit Niquelle Tambour, les déesses ne sont pas des femmes!

Une fontaine de petoïl noir jaillit soudain d’un puits et peinturlura l’athlète de la tête aux pieds. Il lui manquait le nez. Il puait. Il ne sentait plus, ne se sentait pas, ne s’était jamais senti.

ata lema

Louer n’est pas faire une location. Le mot «louer» existait avant la propriété privée. Louer, c’était un don de l’être à Dieu.

C’était toujours fait en un lieu mais le lieu n’était pas, en soi, louable: il était dégoûtant, neutre, agréable … On pouvait le maudire, le délaisser, le sanctifier. On pouvait le bénir, le bonifier, y être fidèle, partir. Mais louer Dieu, c’était s’en imprégner, s’imprégner de Dieu. En un lieu. On est toujours en un lieu. Ou dans maints lieux. Qu’importe. Sur n’importe quel plan. Et en louant Dieu on l’enracine en un lieu. Par défaut.

Aujourd’hui, «louer», c’est s’enferrer momentanément dans un lieu en payant à des usurpateurs le coût de l’emprisonnement. On sait que quelquechose de fondamental nous a été subtilisé. La preuve: les masse-médias diffusent des sornettes, des dixièmes de nouvelles, des absences de choses et beaucoup de hon!, de clap!clap!, de hi!hi! Ça cache quelquechose. On veut nous faire oublier qu’au fond de nous, en un lieu tellement louable qu’il confine au divin, nous savons que quelquechose de fondamental nous a été subtilisé : la liberté en un lieu par louanges, la louange d’être libre en un lieu libéré par louanges. Au lieu de l’admettre et de le dire, ils font hi!hi!, hè!hè!, clap!clap!

– Non!, dit Niquelle Tambour.

(Vous voyez bien que j’avais raison… Non!, ne punissez pas Niquelle. En tout cas, attendez. Un jour, on comprendra peut-être pourquoi Niquelle est Niquelle.)

ata matala

– Fallait-il gaspiller tant de liquide surgi de terre pour que bigarré soit l’athlète?, demanda Lila à Laïla?
– Un tremblement de terre mouillée eut suffi, dit Lili en s’allongeant démesurément vers le haut pour bécotter le ventre blanc d’une lune pansue.
– Mais c’est un tabou, cet endormi d’Priam!, cria Niquelle Tambour qui arrivait en trombes.
– Elle s’était éloignée?!, dit quelqu’un.
– Pas encore elle!, fit le choeur des LLs en tournant collectivement tête et regard vers Niquelle.
– Priam, c’est votre prénom?, demanda Lila à l’athlète.
– Oui, dit l’athlète honteux.
Il glissa le collier de la vieille-qui-passe autour de son cou.
– Maintenant je vous attaque en corps, dit-il en s’adressant à Laïla, faites l’arbre, faites la jument enmourrachée, faites l’hirondelle.
– N’est-ce pas plutôt «faites la fauvette»?, demanda Laïla.
– Peu importe, dit Priam Nasillant. Faites comme l’oiseau! Mettez l’feu aux juments!

Priam Nasillant vira, vira, rit dans les ténèbres en postillonnant, rata la taille effilante de Laïla de cent coudées et gaspilla ainsi en une fraction de seconde toute l’énergie provenant de la jument mangée.

Les LLs étaient mortes de rire, et l’athlète, mort de honte. Il puait toujours autant.

ata matouri

Contempler le feu avant d’y toucher. Poser. Ça sonne comme to poise. Comme to puzzle ou to poizle ou to poiselle, ou tout poiselle, ou tout poiseller, comme dans «le poiseleur mangeur d’oeufs et coupeur d’ailes». Des verbes anglofrancs intuitivement saisis, sertis de mille désignations. Un envol. Une pose. Des poses. Pièces. Tuiles. Traits. Dalles. «Tuiltrèdalle» semble être en langue désalanguie. Proche de. Vous entendrez bien parler un jour de la dimension délangageante de la langue des langues.

ata priye

Priam Nasillant alla chercher sa télé et la tournonna et la ouatcha avec ses grands yeux tonitruants pour se consoler de n’avoir pu s’emparer de Laïla.

Les nerfs étreints par les fers invisibles mais actifs des électrons et des pixels, le téléroman de Stendhal lui apparut comme une améthyste au pourtour maculé, semblable, à ses yeux, au saphir.

– Fascinant …, murmura un inanimateur fardé en contemplant la face paralyssotée de Priam Nasillant dont les vapeurs engluaient l’écran mouillé.

Nérée, le prisonnier, dans l’donjon, voyait, et le scribe, par Nérée, écrivait, et le scribe et Nérée faisaient corps.

Priam l’athlète voulut mordre à l’inanimateur fardé dans la télé, le prenant pour une jument ou une fauvette, on est pas sûr, et ses dents s’émiettèrent en sonnant comme du cristal sur l’écran. Le pseudo divan acajou poussiéreux du salon, dupe et musclé lui aussi, louche, vira vers le réverbère de la fenêtre et se troqua lui-même contre le trône d’un vieil empire olympique mort.

– Je suis hors de moi!, cria Niquelle Tambour en rappliquant. C’est non!

Niquelle Tambour transforma Priam l’athlète en éléphant et le giffla avec une telle force qu’elle s’en cassa la main droite.

Le lendemain, on enterra l’éléphant, mort de rire. Niquelle Tambour jeta sa main cassée et se fit greffer à la place la trompe de l’éléphant qu’elle fit tournoyer au bout de son bras droit.

– Tu ressembles à une claque en pleine face, lui dit Laïla.
– Non!, barit Niquelle Tambour.
– Et pourtant oui, murmura Lila, vite imitée par Laïla, Lulu et tout le choeur des LLs.
– Vous clapottez de ponte!, lança Niquelle aux LLs en secouant sa trompe comme un immense index humide, flexible et claquant, vous avez peur, je le sais, mon style d’électricité tendue vous ratoure d’eau qui choque! Moi, c’est non!
– Ça, on le sait …

Niquelle arrosa les LLs de son bras en produisant un arc-en-ciel tendu. Un grand sourire se profila lentement sur l’horizon. C’était la fin du jour.

ata mitou

Le doux. Toujours tester en observant le muffle du faon. Si violence est faite au muffle du faon, se retirer. Posément. Comme dans pièces de puzzle posées, reposées, déposées, retirées, replacées, posément, et toujours délicatement. Tester.

Le muffle du faon doit être protégé. Si le faon ne gambade plus, tout laisser tomber pour courir au secours du bonheur du faon. Le faon est un canari qu’il ne faut pas laisser mourir pour nous ou pour d’autres dans du noir hostile convoité. Sinon, ouash intégral.

Il faut protéger le faon et il est sain, aussi, que le coyote ou le loup le dévorent, mais là n’est pas la résolution de toute la question qui se scribe ici. Contradiction. Polarités à résoudre. Art d’être. Manque-t-il des pièces?

Le scribe dit qu’il transcrit toujours des textes qui sont des équations vivipares aux essolutions multi-pliantes douées de vide intime et d’horizons qui claquent, et là il pouffe de rire. Ce qui ne veut pas dire qu’il ait tort. Ou raison. Mais une vérité demeure incontournable: il pouffe de rire. Un ondoyant écrin de sens pleuvants en témoigne.

Volonté du mouvoir contre gravité du gardoir.

ata emniqa

– Les lieux me plaisent, dit Tortine Coulis. Le tirebouchon planté dans l’indice cutable le dit, la bourse ou la mie, rend-t’y, tais-la, agis.
– Etaie comme hier et tente qu’on pacte!, rétorqua Gravelle Grugeante, ton indice est cutable, c’est dit déjà.
– Qui dit commune dit vision de Pan Noséros dans l’dedans des dômes d’épinettes rocaillées, répliqua Able Bondit en tombant au milieu des deux femmes.
– Hainepsi chique!, dit Tortine Coulis en absorbant l’choc, gît le quinavet paffe, ça retop, ou c’est rien.
– Qui donc pouvait se faire laver, se faire l’ave, comment dire quoi?, rétorqua Gravelle Grugeante, c’est pas simplement dire et c’est tout, c’est dire dire dire, et qui dit Able surgit et s’dit Bondit!
– Ah oui?, lança Able Bondit à Tortine et à Gravelle …
– Oui, répliquèrent en choeur les deux cornevrilles en tenant Able Bondit haut au bout de leurs nerfs tordus.
– Ah bon!, lança Able Bondit du haut des cieux nervigorés par les deux femmes, eux l’disent, mes dix haies l’disent, les plus grandes de mes tradines culpées sont Sion miss ticket tues, ou comme toi rediront, unité sang second par la lune alitée letta tienne d’une itée sans manque ité de bruit …
– Tu rétades dans les faux hauts de hurlescience, lui dit Tortine.
– Écoûtez-mon-moi bien Tortine coulissante et l’autre, la garnotte qui gruge, lança Able Bondit, sachez qu’un état s’unit dans l’pot tel un engin qui poufiasse, engraisse, lie, enferre, sue, tique dans la masse qui sue, la massue massée crie en mettant sa tuque de fer, en enfilant son blouson d’amiante noircie. Tout vouloir, c’est tout raze, c’est tout blesse, c’est tout cresse. Un même cas pue tout le l’temps…
– Empires, dit Gravelle, on sait …
– Les chons houx, poursuivit Able Bondit, voire la même fleshe dure frisée, voire la phalle obédienne musquée lisse, elle la glisse et la hisse dans ses houx-fleurs huilés. Tu le savent, toutes les toé-là vous deux tu l’savent toutes, kaola c’est fleshe brûlée, brûlée, bellurée. Un saint bolem!
– Ou une âme fée minime, dit Gravelle.
– Un saint bolem, répliqua Able Bondit en retombant au milieu des deux femmes. Un saint bolem avec une âme fée minime.
– Feral, murmura Tortine en montrant sa tête de loup.
– Oui, feral, chantèrent les LLs qui arrivaient, le rire en coin, la blouse ouverte.
– La fée râle, la fée raille, la super fait à terre!, hurla Gravelle Grugeante, soudain  fort persifflante.

Niquelle Tambour accourut, aux amois.

– Non!, cria-t-elle.

Elle convoqua ensuite une conférence de presse, donna une entrevue, et prépara son palais pour une consultation publique. Non, mais.

ata preya

– Oui ou non, c’est quoi la question, dit Niquelle Tambour.
– On pourrait consulter Loup, dit Lelia, l’une des nombreuses LLs.

Loup entendit, enfourcha ses raquettes et disparut dans la forêt.

– Ou Lucas, dit Lilia revenue bredouille.

Lucas entendit, enfourcha la forêt et disparut dans ses raquettes.

– Et Jr, dit Lamlam, une autre LL, on pourrait aussi le consulter.
– Non!, lança Niquelle Tambour en partant immédiatement à la recherche de Jr.

Jr entendit, enfourcha la disparition de Lucas et de Loup et apparut soudain dans la forêt sur ses raquettes. Niquelle le rejoignit à toute vitesse, glissa son doigt le long du membre et l’allongea indéfiniment vers le ciel sombre et orageux.

– Je voudrais te consulter, dit Niquelle Tambour à Jr. Non? Venez dans mon palais!

Sans attendre de réponse, Niquelle Tambour ajouta: «J’ai horreur de vous, de ça, et c’est non!» Puis elle conduisit immédiatement, en le prenant par la main, le bout du membre gonflé au creux de son palais.

– Ce n’est pas une consultation, dit Lilia …
– C’est une consuctation typiquement Niquelle, dit Laïla.
– Non!, lança Niquelle Tambour la bouche pleine tout en reconduisant galamment Jr hors de son palais.
– Ça ne résout pas l’problème, dirent plusieurs LLs.
– Non!, lança Niquelle Tambour, mais c’est nourrissant!
– Au fait, c’était quoi le problème, demanda Liali.
– «Oui ou non, c’est quoi la question?», c’était ça, l’problème ou la question, dit Lilia.
– Non!, lança Niquelle Tambour.
– Ah celle-la, lança Liali qui avait des crocs de tigre-sabre …

Niquelle Tambour se précipita à toute vitesse auprès de Jr et lui recommanda de ne jamais, jamais accepter de consultation avec Liali.

– Pourquoi?, demanda Jr.
– Toute consultation avec Liali vous enlèvera pour toujours toute possibilité de venir me visiter dans mon palais, dit Niquelle Tambour.
– Ah …
– Alors c’est non!, dit Niquelle Tambour. Mon cher Jr, vous êtes mon miam!
– Ah …
– Non!, lança Niquelle Tambour en se torquant l’oeil, en se torchant les doigts et en se pourléchant le lexique et la sphère.

ata mitar

– Le pool y tiquait, dit Henne du Mûle, le dôme était dû, l’indice cutait, butait, culbutait.

Dans la vallée du Mont Menton, ça bavait.

– Ça aère les ailes!, dit Lilio, l’une des LLs.
– C’est un bien beau deldème que t’as, lança Henne du Mûle en savourant une framboise tombée d’une couronne.

Henne du Mûle, le philosophe, dans l’antre caffre, a triplé sa mise au rancart pour haut jeter la lune itée noire et blouïe faste dans la conque rétudiante du mont du fond qui minera tout l’jourdan, tout l’dandier, tout l’touffement, tout l’derme assacré, c’est dur, tout l’moc, tout l’assomchoc.

– C’est pleurez-y, dit Henne du Mûle, c’est pas pantoufle, c’est pied-de-nez gelé.

Du Mûle connia qu’une face, onde sauvée sur le mont du mat sacré, comme l’autre onde sur le mont du gigot brûlé, là où ça hôlait très haut, très costé, il connia que l’or gît bas, même revenu dans l’oïle avec des couennes de chicanes souelles qui brutissent en corniant.

– Un nez en chair de pipe qu’on chipe à dos d’canot, ou un trésor de notes ou de charlottes mis à flot, c’est déjà dit, on répète pus, fini les pantoufles, les graisses épaisses compactées dans des gros sacs de bedaines enflées. Pleurez, vous allez fondre.

ata ista

C’est la contradiction qui, entre le «ce-qui-se-meut», d’une part, et le «ce-qui-grave», ou le «ce-qui-gravite», ou le «ce-qui-gravite-le-mu», ou le «ce-qui-grave-le-mu-vite», d’autre part, génère le mouvement.

Dans le gravé du mouvement-gravé gît, dort, ou dort, gît, le mouvement, le mu, le vivant in-mu, le mu immobile in-mu, le mu immobile aspirant à l’é-mu mobile. Telle est l’écriture. Elle immobilise tout dans le gravé mais le mu inmué aspire à l’é-mouvoir muant. Sortir du grave – mais on ne peut en sortir qu’en entraînant le grave, et tout sens déclenche alors en nous une émotion grave contenue dans le gravé.

Dans l’univers tout est écriture et mouvement. L’univers (taratam!) est mouvement, et le mouvement (taratam!) est engendré par une contradiction grave-et-mue. Manque un ta.

Ou: ce qui se meut gravite toujours. Ce qui est grave ou gravé, c’est le mu qui frémit, toujours, même enmué, frémillant. Le sentir, le percevoir, le dégrever. Oui; taratam!

Ce qui se dit ici n’est qu’une pinote dans l’pénitier. Si la pinote s’y débat comme un diable, c’est quand même une pinote, et le diable, une imitation d’imitation masquée, un théâtre de lucioles et d’arachides évasées-évadées ou évadasées ou évasadées ou les deux, plutôt les deux, quoique en proportions variables – sans jamais élimination totale du grave ou du muant. En d’autres termes, au diable!

Le faon est jugement d’être. Le loup est jugement d’être. Le coyote est jugement d’être. Réconcilier à la racine de l’être. Volonté du mouvoir contre-avec la gravité du gravoir, sans cesse, à chaque instant: l’univers entier est mouvement. Mouvement grave de gravité gravante de grecques volantes, immobilebelles, rapides, échalifées, tournantes.

Toi aussi tu l’as dit. Sortove. J’ai entendu.

Du dogme cassé à l’art d’être. Quand le dogme est cassé, on passe à l’art d’être.

Sassufitchi. Grigne-toé l’taon jusse au ras d’la papisouïe. Pilascande, piscande, piscande jusqu’au lapis qinqin.

ata praniqar

Essaime Tarland, né adulte d’un complexe pharma tubulaire suant dans le temple des Ékclektopiteks plagieurs, tout joli, s’éclapouffe en pataugeant dans les bougies rouges fondues de son pharmagâteau de naissance, tout cramoisi de porcupine, d’enlumine, de sulfate d’aluminime, de fluoriat colochifié et d’hésitations prédobiles pharmaprogrammées.

– Vous connaîtrez aussi le fil du temps passé inventé, dit un pharmaprêtre, flanqué d’un pharmaphilou monoculant, à Essaime Tarland et à la foule mouvante, vous connaîtrez, leur dit le pharmaprêtre, ce fil du temps passé inventé au gré des masseurs terriens qui utilisèrent l’épinéphrine, l’urluberlon, le vertégral, le pissargonox, le mitriolix, le décrissol penissaridin, le pentotalux vasyvagivien, le viandagras enculissinix, le capitanol conculissirin, le bancainirol transalpinperchié, le phornikotex méthyfielixfiant, le réfoufiol phlipottantotex, l’orguenirol mabsorbantinox, le véritolin forgitanoxant, le rengorgeanex noyifienté, le métrécal poudramardexant, le belisseriol importiqoït, le dicoumarol merdurantinol, le réphrénirol histriophiliant…
– Quelques contre-indications cependant, rappelons-le, mais soigneusement conçues pour que ça fasse sérieux, dit un pharmaphaucu qui se sentait le devoir éthique d’intervenir publiquement.

Les grands-pharmaprêtres et les pharmasciants racontèrent alors à Essaime, en l’endormant, l’impossible rêve de voir nu, sans retour, un kimono découpé sur des grandes jambes pesantes.

– On ne peut pas tout avoir mais le gonocoque est toujours là, petit Essaime chéri, et il reste là, dit un marchand de pilules, il reste là, rasé de frais sous nos coques, et il a grossi.
– Pas d’problème, on en prend soin, dit un pharmoricin. On en a même fait des électroniques qui sont virtuellement indécollables et dont la longévité est impressionnante. Nos revenus sont gras! Nous prendrons bien soin d’toi, petit Essaime si savamment et matriciellement prédécouilli par les entubulures pharmasacrées!
– Ouâôwe!, fit Essaime Tarland admiratif en sentant immédiatement un goût de pisse dans la salive de son enthousiasme néo-naïflicottant.

Il crachotta.

– À l’origine un dieu né d’eau, le gonocoque robotisé qui vous divertit tous aujourd’hui accourt toujours renifler la fleur d’ozone, dit un grand prêtre d’un ton efflanqué à une foule qui devait être là – mais dans le Donjon, il fait souvent noir et on ne voit pas toujours bien.
– Ah tiens tiens, dit Essaime d’un air absorbé fort maniéré pas mal pénétré et fort savant en se demandant immédiatement pourquoi il avait dit ça comme ça.

Il crachotta.

«Serais-je manipilulé», pensa Essaime Tarland, mais tellement fugitivement qu’il ne put rattraper à temps cette pensée catatonnante pour la contempler soigneusement; elle s’était effacée, sèche et cassante, dans un bruit de vitres et de prouvettes excitées qui jouaient et pataugeaient dans l’aqueduc public que géraient privément les Ékclektopiteks plagieurs.

Essaime Tarland crachotta encore du dégueu liquide, toujours sans comprendre pourquoi il crachottait comme ça.

Les grands prêtres et les pharmafios montrèrent un outil fatal à Essaime Tarland, une cisaille palpitante de matité, également née récemment d’un complexe tubulaire suant. Essaime s’en empara, la contemplant. Après tout, c’était sa soeur.

– Le bizarre outil délie tout, dirent les prêtres et les pharmarnaqueurs en indiquant la cisaille avec des airs entordus.
– Ah, fit Essaime d’une gorge forcalante …
– Les langues, par exemple, dit un pharmacoupant en éclatant d’un rire bonhomme et terriblement bien denté.
– … Étrangement, la cisaille lie l’homme à Titan le Grand Avide, le maître du monde, dirent les prêtres et les pharmamentants en contemplant la cisaille de leurs yeux brillants et en se torquinant mutuellement la prucille du bout de l’index et du pouce.
– Hi!hi!, dit un pharmaphlatteur d’un air fort mol tellement telleur que le scribe faillit rejeter son intervexion.
– Oui, c’est une sorte de cisaillepilule, une sorte de grosse pilule difficile à avaler, si on veut, dit un pharmacomptant nostalgique, mais ça remplace tout le tralala tranchurant compliqué de l’ancêtre …
– Oui, tout le tralala tranchurant compliqué de notre auguste pharmancien Pharquemada!, dit le pharmaphlatteur encore une fois d’un air fort mol tellement telleur que le scribe faillit encore rejeter son introfection.
– On peut l’avaler?, dit Essaime.
– Tu peux bien avaler n’importe quoi pourvu qu’tu paye!, dit un pharmacélèbre en mettant ainsi soudain tout le monde mal à l’aise en public et en ricanant comme un pharmacélèbre se doit sans doute de ricaner, avec beaucoup de reniflements rapides qui ressemblaient à de courts ronflements saccadés, scandés de «hi! hi!» pointus très radiophoniques et fort réussis et de «hé! hé!», disons, dindons, et certainement fort selfconfiants, pas mal transperfidicides, et en un sens, aussi, très selfcocuportifiants.
– La puissance affabulatrice induite par nos produits est immense, dit un pharmacrosseur trilliardaire mégapharmadoté en essuyant, à la moppe, sa bedaine ouzillante qui pouillemouillait tout autour, et en posant une main phlébottifiante sur le cuisseau pharmassoïde tubulorifiant d’Essaime Tarland.

Le pharmacrosseur trilliardaire mégapharmadoté poursuivit :

– Ce ne sont plus des pilules, ce sont des clitoris encrés comme celui qu’on trouve au bout de la célèbre plume conteuse de la mère l’Oie qu’on a d’ailleurs remplacée par un robot, tout en dentelles duracides molliphracontantes, et qu’on a injecté aux histriotines censurisettées, réforgées, et pharmapissamment lavantes, et tout ça en pensant à toi, mon beau Essaime Tarland dépercouilli. Je t’aime!

Le pharmacrosseur regarda autour de lui d’un oeil tors et torquant, comme celui de Priam Nasillant, un oeil tors goguenard, quêteux, phlattineur, prétentieux, téteux, bavant, fort beggueu, fort ouashant dans les creux, la langue mortante toute sortilonge et fliquefloquante jusqu’en bas du menton, les yeux exorbités. Sa secrétaire le contemplait, ébanie et toute trembliotounante d’affection isomoconiale zigonnante récemment molestininjectée. Mais les collègues du pharmacrosseur détestaient les manières de ce méganerdier qui nuisait à leur image, le pharmacrosseur montrait toute, ils avaient horreur de sa trogne prublique, ils éprouvaient la nausée à la seule idée d’avoir encore à lui réaflattir la parleurrine à la crocaïne par en-dessous en direct à télé, ou d’avoir encore à lui surjouiller la flicouille à l’écrouine médiaxilante, par en-dessous toujours, pour l’accalmer devant les accroupiements souvent survenant des comméras massemédiathyliques grand-réseaux en quête de connaissances proprement emballées, honnêtes et objectives – et par-dessus tout c’était un concurrent.

– La puissance affabulatrice de nos produits a été démontrée, dit un pharmaphoqué en faisant un grand effet de toge avec ses lunettes pour cacher le pharmacrosseur.

Un concurrent avide, envieux, complice du pharmacrosseur, s’empara immédiatement des lunettes du pharmaphoqué, les piétina avec rage en en faisant soigneusement crisser les miettes sous ses florechems shaïnés puis, de toute la force vilipophiliante de sa longueur de jambe, il élança son pied droit vers les zones mésoarrières du pharmaphoqué en criant: «Quin! maudit phien! quin! Ton con cul rance! Quin! Pouash!»

– Oui!, crièrent en choeur les pharmacecis sous l’oeil phlappant fortichement roboteur, envieur et suceur des pharmacelas qui ne cessaient d’envier les pharmacecis.
– Toutes ces vies antérieures oniropharmaproduites sont des phléfouines fertiles, voire des foutrathaises papirepayantes, dit un pharmatoqué dont la bedaine molle, souvent et soigneusement rapiécée par une esthéticienne fort éthiquement encodée, raclait élégamment le plancher comme une grosse langue.
– N’est-ce pas un peu, juste un peu, comment dire, immonde, tout ça?, susurra Essaime Tarland en rougissant comme une grappe suante de petites tomates heurtillonnées du bout retoquant d’un ongle, et en oubliant immédiatement ce qu’il venait de dire, et que personne, de toutes façons, ne semblait avoir entendu.

Essaime Tarland crachotta encore pour se sortir de la bouche ce goût dégueu collant qui sentait les latrines et qui jaillissait dans sa bouche en coulant entre ses dents chaque fois qu’il parlait et qui persistait sans bon sens et dont le volume percollifiant semblait, de fois en fois, augmenter en s’épaissiffiant.

Une LL qui passait, prise de compassion, dit aux autres LLs: «Ce pauvre Essaime Tarland, né dans un tube dans le temple des Ékclektopiteks plagieurs, ce pauvre Essaime Tarland, il a des contradictions coïncées dans les glottes, il semble se noyer dans l’jus mou caractéristique de ces soumis très longument morossis, il semble souffrir de poisons subtils nageant dans son ouzante salive, il semble affecté d’une mémoire surviralisée, mais d’un enflasquement, d’un enflasquement…»
– On aime pas ça, dirent en choeur les LLs. Ça gâche tout l’ata!
– Il faut faire quelquechose!, dit Lola, soudain prise d’une compassion érotique sans limites pour le fils tout frais du complexe matriciel tubulaire templier.
– Oui Lola, il faut consulter Li, dit Lulu qui passait et qui s’était arrêtée.
– Oui!, dit Lila, rappelez-vous Titan le Grand Avide.
– Oui, dit Laïli, c’est déjà arrivé, Titan le Grand Avide était vraiment pas content du fils de tube produit et il a tout rasé, vlan!
– Oui, lança le choeur des LLs. Virage!
– Non!, cria Niquelle Tambour.
– Ah celle-là!, lança Liali à travers ses crocs de tigre-sabre.

En entendant Liali aux crocs de tigre-sabre, Niquelle Tambour sauta immédiatement dans un avion pour la Florridge en invitant Jr à la suivre.

Ce dernier déclina l’invitation en expliquant que même si Liali aux crocs de tigre-sabre parfois conversait avec lui sous prétexte de consultation, elle ne l’invitait jamais dans son palais et que, de toutes façons, il préférait l’grand air d’ici et il n’avait pas du tout l’intention de partir pour la Florridge.

– Virage!, lança Liali aux crocs de tigre-sabre.
– Non!, dit Niquelle Tambour, la tenace, en voguant dans l’air et en savourant, autour d’elle, d’une même langue oléonguentée, plaisir et déplaisir du palais.

Les LLs fondirent sur les pharmaquinquins qui se dispersèrent en désordre en se démolissant les claquettes.

– Non!, cria Niquelle Tambour du fond des marais gelés de Florridge. J’étais pas là et j’ai tout vu, ils se sont désistribué la cervelle en se la piquant les uns aux autres, mais sans se démolir les claquettes, ils en ont besoin!

ata kera

Une arme peut nous détruire. Une arme peut nous sauver. Prudence dans ces dires. Ces encres. Ce plomb. Ces cires. Ces argiles. Ces noeuds dans les cordes. Ces branches traçantes sciemment ré-orientées qui se tracent sur l’arrière-plan. Ces circuits imprimés. Prudence dans ces guerres. Prudence dans la chair. La chair est précieuse. Ne pas brader.

La chair est le plus mystérieux chantier de Dieu.

Le corps humain perçu par les sens du corps humain est un fabuleux mirage en circuit fermé. On ne connaît pas le corps humain. Le corps humain est un mystère. Les perceptions sont imposées. Trouver la liberté.

Le scribe est modeste. Il le sait. Il n’insiste pas. Sauf pour faon, loup, canari, entre autres, parfois il insiste. On ne sait pas pourquoi. Chaque signe qu’il trace est plain. Le scribe, c’est modeste. Disons.

ata nir

L’animus serait un comité d’hommes en désaccord
qui parleraient à tour de rôle par la bouche d’une seule femme.
Il y aurait donc beaucoup d’apparentes paroles de femmes
qui sont des paroles d’hommes
et beaucoup plus d’hommes invisibles qui parlent
que de femmes visibles.

(Réflexion partielle,
sibylline mais longue,
sur un thème jungien)

– Écartez-vous, camouflez-vous, filles!

La voix semblait venir d’Ellil – ou Kaôme-Ha. Elle déclencha un long fil de dires, de diktats, d’énigmes.

– Surtout, que nul n’accroche votre lucidité de terre de sable, dit l’un.
– Rejetez l’éléphant démoniaque de l’Iliade, dit un autre.
– Détrônez la sorte de sève tournée sur elle-même.
– Rien, ni la mélodie, ni la catéchèse ne rejoindront les raisins, dit quelqu’un.
– Comprenez-vous, ermites, le début de la coquille en même temps que sa valeur dans le temps où toutes les étoiles brillent?
– Équipez-vous, cessez d’errer nus et l’antilope vous récompensera avec son regard étonné, sans inquiétude.
– Seul le dogme tordra votre émotion. Si ce n’est maintenant, ce sera plus tard avec le sel de la noirceur. Oui. Mais écoutez! Toute l’ambassade énuitée est juxtaposée à l’encéphale.
– Elle est saturée de rires et de ténèbres.
– Qui?
– Elle, et elle. Et elle aussi.
– Ni toi, ni moi ne sommes en dettes avec la belle de Sion …
– Où est donc mon manteau?, dit une fille. Je n’en peux plus d’être nue.
– Montre tes yeux.
– Je ne peux plus. J’y ai planté mes serres.
– Tu les a trop libérées.
– Et celles qui ont trop délibéré, de serres n’ont plus.
– Et ceux qui sont devenus des libérés, dit une fille, guerroyant ensemble aux confins du monde sans nous, nous les héritières des pourritures du pouvoir mourant que l’on convoitait avidement et dont ils nous ont abandonné le cadavre avant de partir en chantant?
– Tu ne pourras jamais détrôner la sève tournée sur elle-même, dit Laïla à la fille.
– Tu as dénudé mon but, tu es perspicace, j’ai volé mon mari!
– Tu ne pourras jamais tuer un guerrier, dit Laïla, il reviendra toujours du bout du monde et tu l’aimeras ou tu t’anéantira en toi-même, apprends la vie.
– Oui, dit une fille. Ouvre les portes que tu as fermées, les portails que tu interdis, casse toi.
– Je suis devenue pire, dit une fille.
– Et moi, meilleure, dit une autre, et je veux camper près d’eux, loin, haut, où est le bout du monde?
– Rien n’est parfaitement, dit Laïla, c’est l’éternelle joie du mouvoir.

L’une des filles fit exploser les portails et une autre demeura dans les landes de la pitié. Deux d’entre elles se rencontrèrent un soir et aimèrent le même homme lointain, absent.

– Le scribe a dit que c’était confus, dit Laïla en survolant la floppée de filles qui parlaient, mais il n’y croyait pas vraiment, c’est clair, du moins croyait-il comprendre, en tout cas il souriait dans son menton, tant de choses se contredisent en formant une étoile.
– Elle ment, dit l’une des filles, le mari aime ça, l’amant aussi à qui elle ment, ils en mangent. Qui est parti?
– L’épouse avec la caisse, dit une fille qui s’envola d’un coup, étonnamment catapultée par la dénonciation qu’elle avait faite.

Au bout du monde il y avait une arbre immense, apparemment mort, gros à craquer d’une nostalgie d’au-delà, et au pied de l’arbre, une tribu d’hommes jeunes qui avaient guerroyé. Ils rirent, rirent, tous, s’enfonçant dans le ciel avec la fille qui s’était envolée et qui les épousa tous comme une shakti. La soif, toujours, les remplissait d’émotion. Le ciel strident les reçut, triste mais fort, expirant abondamment partout d’étoiles, d’univers et de bonheur.

– J’attendais quelquechose, dit le ciel, et je vous remercie de votre ardeur mystérieuse et magique.
– Rien de ce qui est vrai n’est moral, dit Laïla.
– Ou amoral, dit une autre LL qui venait d’arriver.
– On aurait du laisser les guerriers mentir dans le néant mais l’esthète voulait manger, dit une fille.
– Ils ne mentaient pas dans le néant, dit Laïla en survolant la fille qui venait de parler. C’est le néant que vous leur avez créé qui leur a menti, ils l’ont férocement combattu et le ciel total les a reçus avec l’une de vos soeurs transfigurées.
– C’est une tragédie d’or ou d’argent?, demanda une fille.
– C’est une tragédie, dit Laïla. C’est tout. Maintenant, dors, ma chouette, la vie revient toujours.

ata lar

Un orage avait écrasé le ciel. Rupture craquante. Éclairs de rocs. On chercha. On ne chercha plus.

– Esthète et grossière, lança encore la fille du souk, qui donc a violé mes secrets d’or et mes cotillons d’étincelles, qui a massacré mes doigts fins et mes pieds d’aromates? Le charme est dans mes yeux, où est le sien? Punir est la victoire des imbéciles, vous ne méritez pas mon visage, remboursez-moi!

Les zébus affaiblis mordirent l’effroi et plus rien ne se passa.

L’Occident obèse n’avait plus un rond, rien que des cordes à ses cous et des cerceaux de radiations nucléaires qui étranglaient peu à peu ses populaisses.

La fille du souk tomba dans le noir et un mystère l’enveloppa, elle et sa maison, d’une compassion plus vaste qu’elle.

Les LLs racontent qu’elles la bordèrent en choeur un soir de ramadan, et que la fille du souk en fut tellement ravie qu’au matin elle s’envola avec elles et qu’elle revient, chaque nuit, avec une trôlée de LLs, rire et danser avec ses soeurs.

ata elta anaouram miogliph

– Une partie de mon être voulait raconter l’histoire, dit Réjean Lenarrateur à Alice. Cette partie de mon être s’opposait à Gilles. Lui voulait la dissoudre …
– Ça m’intéresse, dit Alice.

La fillette avait grandi. Un sort bon ou mauvais, contre lequel elle se battait parfois, l’avait moulée fluide, dans l’espacetemps, à l’âge de dix-neuf ans.

– Tu es encore jeune, dit Réjean Lenarrateur, un jour ça te fera bâiller …
– Non!, dit Alice.
– Qui a dit ça!?, cria Niquelle Tambour.
– Chut …, murmura Réjean Lenarrateur en prenant Alice par le bras et en l’entraînant à l’écart.

Ils attendirent un moment.

Puis Réjean Lenarrateur reprit son histoire.

– Une partie de mon être voulait détruire l’histoire, dit Lenarrateur, cette partie de moi était …
– Attends!, dit Alice, ça sonne philosophique tes trucs, je vais mettre des lunettes …

Alice trouva une paire de lunettes dans une poche de sa jupe, les plaça sur son nez, tourna son visage rousselé vers Réjean Lenarrateur, appuya délicatement son index sur le front du narrateur.

– Poursuivez, dit-elle.

Puis elle croisa sagement ses mains sur ses cuisses.

– Mais poursuivez!, répéta-t-elle, je me sens bien dans votre tête, elle m’accepte complètement, j’y essaime et j’y gambade abondamment, je m’entends naître encore et encore quand vous parlez, c’est plus qu’intéressant de faire passer l’courant comme ça dans le cerveau d’un monsieur, c’est excitant, tous vos mots sont comme des p’tits bébés …
– Lo nisséïr neded atossel, inna han Lenarrateur, na etta na admé sasso a sacolda …
– Oï ?, inna imtana ha Alice qui riait.
– Arhe mechut siossais pragnant, inna han Lenarrateur. Haïla. Chiot des ste am séquelles et emprise arritée prie, marvenue, encaisse …
– Kalim thea deol?, anna inna ha Alice.
– Stream chao ta chaolisse qoui stream chaôssaôlite a na ti tombetoqué danpak ta kaoli, inna han Lenarrateur, aya na inna nim ta hom tatouma pack sous attoupais, pack to la nao nanne carac!
– Oï …
– Oui! Gaushell kieks clutée a memarré ta courtaïré, petite fille, inna han Lenarrateur, sti tussion sion dunquel a concorde agritou.
– Oï, oï …
– Tahé pourma perse agravenne alalash, inna han Lenarrateur, a perma messa somp tourpetissed a pourte …
– Oï te ha pourte?
– Et c’est la razmure pour laquelle le geai orré mar la peau qui anime en ces versets toï :

«Tede culta naha
«dila forma tahe
«te to phaït ha tiq
«tuisse tellom ate … »

– Moi je connais ceux-ci, monsieur toi, dit Alice. Ez exi :

«etriquemla morre
«retrou el ast arte
«arte rigent aglise
«ago emma goë … »

– Esse tao eglez assas, inna han Lenarrateur :

«erta akstrîme amia
«i aque da fila
«i do mastar ame
«ateggîtla oa … »

ata elta anaouram qaelzat

– Pourma esto chône, terro inna ha Alice. Frithauta danse lair applimur sa qala …
– Peo la tile qi mutile plain baon! dioldet ovaira calaplissa mare, inna han Lenarrateur. Emmesse pourmesse, paillerre stouilla, em estoula.
– Taïma desse laïc oule am bebesse la a bebe, inna imtana ha Alice.
– En voici d’autres, des constructions, des couleurs pourmoitoi a toutem ta messete, trio de constructions, la esse te ta tsetse.
– Dore, dore, dore, melon muche!, inna taoum LL qal ette tu malniches. Dore, acheppepas …
– Oui, continue, inna ha Alice au narrateur.
– J’te disais qu’une partie de mon être voulait détruire l’histoire, reprit Réjean Lenarrateur, cette partie de moi était proche de Gilles, mais celle qui voulait raconter la destruction de l’histoire s’en éloignait, Gilles aimait passa condone une forme aux fragments de formes qu’il produisait sens esse …
– Pourquoi?, demanda Alice.
– Disons que Gilles était …, fit Lenarrateur en hésitant un peu, … il était comme un enfant qui se serait retrouvé sur un fond d’océan asséché, tout ce qui l’intéressait c’était d’émietter les mottes et de réduire toute forme ou tout écrit en charpiepoussière, néant ! et il avait peut-être raison, ou pas, messé même pâle aquestion, taho tahé ouattever, non esta pou, tuqi qaqrois …
– On sent le chaos tout proche …, dit Alice.
– On est dedans, dit Lenarrateur, dans un espace entre la charpiepoussière et le néant, s’il peut exister un tel espace, mais il y a toujours des charpiepoussières d’charpiepoussières à désintégrer, alors c’est sans fin, ‘semble … Mais … Au fond, dans la vie, c’est peut-être, toujours, et le chaos et l’ordre, simultanément …
– … les proportions peuvent varier, dit Alice …
– … oui, dit Lenarrateur, tout ça est évident …
– … j’aime ça … Faites-m’en d’autres, mon vieil aède marrant …
– … j’avais besoin de l’action politico-sociale de Gilles et de sa nuit …
– … vous me ferez toujours rire, dit Alice, et j’aime ça, ça ou l’ire …
– … c’était un clandestin, lui, Gilles, il avait besoin de mon action pour accomplir sa nuit, il ne pouvait pas faire sa tousseule …
– Pourquoi?
– J’sais pas …
– Tu sais pas?
– Je sais pas. Je sais vraiment pas!, répéta Lenarrateur.
– Tu vas peut-être savoir, dit Alice.
– Peut-être, dit Lenarrateur, en narrant. Je disais … Je deviendrais donc clandestin aussi …
– … Ou semi-clandestin, non?, dit Alice.
– Non! Qui a dit ça!?, cria Niquelle Tambour?

Alice allait crier à tue-tête «moi!», exaspérée, mais Lenarrateur posa sa main sur sa bouche.

– Chut …, murmura Lenarrateur, nourris pas les armirdes.

Ils attendirent un moment.

Puis Lenarrateur relâcha doucement le baillon de sa main, qu’il avait rapidement, mais délicatement cependant, posée sur les lèvres d’Alice.

ata elta anaouram apason

Réjean Lenarrateur reprit.

– J’agirais dans la nuit avec Gilles et je formulerais tout ça, je donnerais une forme écrite à tout ça … Tant pis, tant mieux …
– Comme un scribe, dit Alice.
– Hum… Le scribe, c’est pas … exactement ça. Disons. Je suis pas le scribe. On y reviendra. Peut-être. Moi j’narre mais le scribe sous-tend l’nard …
– Narre, narrateur, narre, lança Alice excitée …
– Lui, Gilles, ne serait jamais que le chaos, poursuivit Lenarrateur, l’extrême chaos, «l’extrême-gauche», la véritable, celle qui exclut même le recours à une réinstitutionnalisation d’un quelconque ordre étatique …
– «Réinstitutionnalisation» … Il est vraiment long celui-là, dit Alice.
– Oui, très long, pénible, ça peut durer longtemps quand ça poigne dur, très longtemps, en fait ça dure toujours très longtemps, trop longtemps, c’est maintenu à coups de triques et de léthargie et ça pompe l’air, faut pratiquer l’apnée des profondeurs. Évidemment, Gilles avait raison de persister maniaquement à désintégrer ces vieux biscuits séchés pleins d’vieux pouvoirs anciens pourris, bourrés d’gras transe …
– … Vraiment long, «réinstitutionnalisation», dit encore Alice, songeuse, mais c’est aussi un enfant que j’ai eu de ta tête ou de ton ève … Un mat, un remarquable, joli vingt-deux. On peut y faire flotter beaucoup de drapeaux … des mouchoirs …
– … des mouchoirs sales …
– … des ailes de moulins à vent … des bouts de cordes … Des ailes de papillons séchées …

Une LL écoutait de loin, amusée. Un chat faisait sa toilette. Une autre LL écoûtait attentivement, les jambes croisées, dans un coin de l’espace, en prenant méticuleusement des notes. C’était une LL métissée, dans son nom les consonnes ne se limitaient pas aux Ls, et à seulement deux. Elle s’appelait Lucielle, un nom long pour une LL, avec trois Ls et un c.

– … Pour ma part, poursuivait Réjean Lenarrateur, en tentant de raconter le déroulement de l’extrême-chaos, je le fixais dans une forme, j’étais «à droite», disons, du côté de l’ordre et des formes, même les pires, celles qui persistent, très souvent pour rien, mais pas toujours, mais trop souvent pour rien, ça persiste contre les mystères vivants du temps, des fois on appelle ça le conservatisme, j’appelle ça la «droite», quoi … Mais à son tour, par une sorte de culte de la forme, et de la forme poétique, Gilles me retrouvait «à droite» parce que j’donnais forme au déformé! mais toujours pour m’inspirer la déconstruction de l’oeuvre, la déformation de la forme donnée au déformé ou aux fragments désintégrés, un tour complet, des milliers de tours complets, paradoxes, solutions parfois! mais tout le temps comme ça! …
– … d’quoi s’étourdir à en tomber su l’cul … ou la hanche … ou le coude … ou le bout d’l’index … ça tourbillonne …
– … et alors, en fait, c’était dire «à gauche» toutes! encore! on virait – mais cette déconstruction même était formelle, formulante, c’était une mise en formes, tabarnouche, cette déconstruction était aussi une construction, on y coupait pas, et alors c’était comme dire «à droite» toutes, encore! encore! et en même temps «à gauche» toutes, encore! encore! les deux, on y échappait pas, la roue qui se s’brise, la spirale, les p’tits poissons taoïstes, les p’tites larmes yinyagantes, un étonnant truc roulant ses contraires, ses croissances, ses décroissances, constamment constamment …
– À droite, à gauche, toujours en même temps!, d’quoi faire fendre un navire en deux! babord à babord, tribord à tribord, en même temps!, dit Alice en se frottant les cuisses et en riant … Mais pourquoi tu dis «constamment constamment» et pas seulement «constamment», demanda Alice en regardant Réjean Lenarrateur, une fois c’est assez?…
– Constamment d’un bord, dit Lenarrateur, constamment de l’autre, constamment de tous bords, constamment de tous côtés! ça fait plusieurs «constamment» et «plusieurs», ça commence avec deux: «constamment constamment» …
– C’est quoi la différence!, demanda Alice.
– La différence?!? … Qu’est-ce tu veux dire?! De quoi tu parles?!
– Oui. La différence, dit Alice.
– Entre quoi et quoi?
– Y a pas de différence entre «quoi» et «quoi» ? …
– Oui, c’est sûr, sinon y en aurait pas deux! … Tu veux parler de la différance, peut-être … Parlance elle dit faire, ou par l’anse aile dit fer, ou qui dit parlance dit faire, ou …
– Oh, dit Alice, j’aime beaucoup c’bébé-là!, «différance», je vois un «a» au lieu d’un «e», 1 au lieu de 5, t’as renversé le «a», ça fait un «e», t’as fait ce «e» avec ce «a» …

Alice se leva, posa encore une fois son souple index sur le front du narrateur en appuyant plus qu’auparavant et en le faisant bouger de manière insistante.

– Là!, dit-elle. Il jaillit d’source! Tout mouillé. J’aime ta tête, je peux couler dedans comme une grosse couleuvre rousse et blanche! Tu me donnes toute la place, je te fais jaillir des bébés d’esprit … Alors! c’est quoi la différance? …
– La différance, c’est le mouvement vivant qui produit partout dans l’univers du je-suis-ceci-et-non-pas-ça, ou du c’est-comme-ça autant que du vous-y-fiez-pas …
– Hum …, fit Alice avec une joie tranquille. Ils vont toujours ensembles … le jus-de-ceci qui se boit, le non du pas-ça qui assèche et qui rêve d’orage …
– … Constamment des deux bords en même temps, dit Lenarrateur, ça finit par faire comme deux d’un bord, deux de l’autre …
– Un quadrille!
– Additionne les deux «constamment» et divise par quatre, dit Lenarrateur à Alice, tu vas peut-être lancer l’quadrille et tout ce qui nait d’effractions …
– … en tout cas j’aime la gigue, dit Alice, c’est un bon début, je suis certaine et j’en suis aussi …
– … et tu me diras le résultat, dit Lenarrateur, c’est toi qui stirope, moi j’connais pas le nombre de «constammentconstamment», je l’ai jamais calculé …
– Moi non plus, dit Lucielle, la LL qui prenait minutieusement des notes.
– Tu as de jolies jambes, dit Alice en levant les yeux vers elle et en la regardant avec admiration. Deux, non?
– Merci, dit la LL, c’est gentil, toi aussi tu en as de bien jolies. Oui, deux. L’une est la ce-ci, l’autre est la ce-là, l’une le «quoi», l’autre, c’est l’autre «quoi» qui joue les «iouq» …
– Ça fait quatre jolies jambes, dit Alice, comme «constamment» plus «constamment» divisé par quatre …
– Non!, cria Niquelle Tambour, des fractions d’jambes.
– On doit être sur une bonne piste, murmura Lenarrateur. Répondez pas.
– Tu disais? …, rappela Alice en regardant Réjean Lenarrateur …
–  … oui …, j’te disais que Gilles et moi on détruisait en construisant, on construisait en détruisant, on déconstruisait ou on consedétruisait ou les deux, on était quatre, c’est mon sentiment – sans compter les autres, il devait y en avoir, il y a toujours «des autres», mais on était au moins quatre pour la mise en branle …
– … je sens des ….
– … la «droite» avec sa «gauche», ça fait une combinaison de deux, la «gauche» avec sa «droite» ça fait une autre combinaison de deux, on était plus dans la politique, ou plutôt on était en son centre dedans, et elle en revenait pas, la polite, a’en revenait pas d’être ébranlée comme ça par le nombrant qui brille, c’était soudain, inattendu, débipolarisée d’un coup, quadripolarisée aussitôt, comme ça, crac bang boum bédingbédang, et on était dans l’quadrille, de l’aut’ côté, on s’était trompé, et danse, danse, danse, les phalanges huilées …
– … on s’est trompé …, murmura Alice, toute songeuse, voilà … on change de côté. Étrangement érotique … Faut vraiment pas être jaloux si on veut voir clair …

L’un des zébus, de ceux qui avaient mordu l’effroi en des temps anciens, ouvrit un dictionnaire en pensant à Alice, inscrivit, au burin, «débipolarisée», «quadripolarisée», «quadrille», «quatre jambes», «de l’aut’ côté on s’est trompé», puis le zébu tendit le dictionnaire à Lucielle, la LL qui prenait toujours méticuleusement des notes et qui songeait souvent, ça se voyait quand elle bécottait délicatement le bout de son crayon. Elle lut avec intérêt les inscriptions faites par le zébu, puis reprit son songeur bécottage du crayon.

– Bref, dit le narrrateur, la réflexion conduisait aux ruines, les ruines à la réflexion, les ruines réfléchies à des constructions mentales sur l’origine de ces ruines, à la réflexion sur les constructions mentales sur l’origine de ces ruines et sur chacun des morceaux reformulés, et de cette réflexion, à la conclusion qu’il valait mieux les remettre en ruines, émietter les morceaux reformulés, et tous les lambeaux de cités, et toutes les constructions mentales …
–  … le sang ça houle!, dit Alice …
–  … toujours, l’eau aussi, l’eau …
–  … mogénéïté est un état de basse conscience, dit Alice, non? …
–  … c’est de la matière brute …

Niquelle Tambour observait une trève, occupée avec quelqu’un dans son palais.

–  … un état de basse conscience, poursuivait Réjean Lenarrateur, de basse confiance en frappante affinité avec le diluvien, il faut non seulement polariser et en jouir, il faut surtout laisser surgir le quadrille diluvien quadripolarisant et en jouir, ça peut être fort confortable, fort délectable, un bon déluge, de temps en temps, ça fait du bien, y a des époques où les seules choses intelligentes qui restent sont les grandes forces brutales des mégacatastrophes …
–  … mais le diluvien, dit Alice, ça maintient celui qui s’y terre ou qui le perpétue dans un état de tutelle …
–  … ou d’elle tue, dit Lenarrateur, reste à savoir quelle «elle», et faut pas faire outrancièrement dans la petite morale totoche, si t’as l’cul étalé sur la bouche d’un volcan quand il explose ça sert à rien d’crier au meurtre ou d’invoquer la charte des droits, c’est pas un meurtre, quand c’est fini c’est fini, faut pas faire comme si c’était pas fini …
–  … sinon, dit Alice, comme-si-c’était-pas-fini devient un état d’esclavage continuel …
–  … étouffant, oui, et la nue, elle?, dit Lenarrateur, on y pense? …
–  … la nue, la terre, dans un état d’impuissance fanatique!, dit Alice …
–  … dépressif, compressif, explossif …
–  … sifré, chiffré, sifflant, dit Alice …
–  … quoique nombrable et riche en brille, faut pas oublier …
–  … et ça craque, et ça explose …
–  … faut faire surgir les quadrilles! …
–  … comme telle charmante décabelle argentée, dit Alice maintenant juchée sur la nue près de Lucielle qui alternait entre le bécottage du crayon, le songe, la méditation sur ses jambes et sur celles d’Alice, et la prise méticuleuse de notes …

ata elta anaouram cameogliph

Alice se mit soudain à pleurer au fond de ses fourrures.

–  Elle pleure soudain l’acuité d’être qui peut, de par sa nature, produire des fissions dans les choses, dit Lucielle, songeuse. L’acuité d’être causerait donc des scissions, des divorces nucléaires, des surgissements de qualités refoulées qui remontent en craquant dans les branches, des enfantements-surprises, des caresses non-réglées, surprenantes, des déréglures cassantes mais parfois caressantes, des concepts lascifs comme des panthères, des chats, des mats longs et des éclats conceptuels nés d’une copulation d’esprit entre Alice et et et le type qui narre …

Lucielle s’arrêta un moment en bécottant encore nonchalamment le bout de son crayon et en regardant ses notes, et ce bégaiement qu’elle avait transcrit : «et et et».

– Ce sera peut-être une trilogie dense, ante, post. L’acuité d’être …, murmura-t-elle comme pour elle même …

Puis.

– L’acuité …, répéta-t-elle, hum, ça serait pas plutôt, ou aussi, l’acidité d’être ? …
–  … l’acuité d’être, c’est très déplaisant parfois, interrompit Essaime Tarland qui avait entendu, on peut jamais prédire ce qui va sourdre …
–  … ou ce qui va faire pleurer la charmante décabelle argentée sur la nue, dit Alice, réfugiée dans le giron de Lucielle qui, tout en prenant méticuleusement des notes, glissait parfois le bout d’un doigt gracile sous les yeux d’Alice pour en ouaïper de petites perleuses enlarmées qui venaient y briller …
–  … je l’ai presque dit, dit Essaime Tarland …
–  … moi aussi, dit un pharmaphormol tombé d’une chemtrail, on va met’ ça su’ l’marché sous forme de pilule …
–  … j’te l’faisais pas dire, dit Sidong au pharmaphormol …
–  … moi non plus!, dit Selig …
–  … tu délires, dit le roi du Cacadoie au narrateur, sache que les formes pourries pleines des vieilles pisses des vieux pouvoirs morts, c’est bon pour l’économie …
–  … toi aussi tu délires, dit quelqu’un au roi, tu pues l’suif, le pourri, le plastique brûlé, le d’sous d’cul, l’bitume chauffé au fumier …

Mais Réjean Lenarrateur ne s’intéressait plus qu’à Alice. Il était en amour avec Alice.

ata elta anaouram nicoudeme

–  On poursuit, dit Alice à Réjean Lenarrateur en redescendant d’auprès de Lucielle …
–  … oui! oui!, dit Lucielle qui avait pris méticuleusement des notes, c’est comme si j’me lisais, Lyly la Rouse va se délecter de tout ça, et c’est pas la seule, les concepts complexes nous font toujours un effet gasmant …
–  … il faut consoler la charmante décabelle argentée, dit Lenarrateur …
–  Non!, cria Niquelle Tambour en se précipitant à toute vitesse vers la décabelle pour la serrer dans ses bras tout en faisant un long détour pour éviter Liali aux crocs de tigre-sabre.

Et puis tout est silence. On n’entend plus Réjean Lenarrateur. Ni Alice. Ni les autres.

ata elta anaouram renamah

– C’est parce que tout a une fin, dit quelqu’un, ça fait qu’on s’arrête.
– On pense que tout a une fin, dit Alice, on pense qu’on s’arrête.
– Et c’est vrai mais on est recatapulté, on revient aux orées de milliards de points de départ,  murmura une délicieuse et indéfinissable odeur florale.

ata elta anaouram urlu

– Il faut savoir ceci, dit Réjean Lenarrateur à Alice : il n’existe véritablement que deux races sur Terre.
– Pas plus?, dit Alice.
– Non. Il existe des sous-races de ces deux races, presqu’exclusivement des sous-races de la deuxième des deux races, mais essentiellement il n’existe que deux races. Voici comment ça s’est passé. Une race très ancienne, celle des Urlan-Berlans, envahit un jour les forêts à la recherche de tout ce qui marchait sur deux pattes. Ils arrachèrent ces deux-pattiers aux forêts et les transformèrent, selon un procédé cruel et savant de terreur et de torture qui dura des siècles, en race d’esclaves soumis qu’ils ont su garder ainsi en soumission hypnotique et en esclavage jusqu’à ce jour. Cette race d’esclaves, indéfiniment plus nombreuse que la race des Urlan-Berlans, croit toujours tout ce qu’on lui dit, entre autres qu’elle est une race d’individus libres, et elle fait toujours tout ce que les Urlan-Berlans lui font faire. On peut facilement détecter la présence de ces esclaves à certains signes comme l’amour des cravates qui symbolise son étranglement perdurant, la compulsion qui les pousse à tondre les parterres, ou bien, dans certaines régions de la Terre, à voter avec enthousiasme contre ses intérêts, etc. Cette race d’esclaves fabriqués et dressés, c’est la deuxième race. Cette race d’esclaves transmet l’esclavage à sa descendance de génération en génération, et elle le fait sans s’en rendre compte mais, paradoxalement, souvent avec soins. Quoi qu’il en soit, les Urlan-Berlans font régulièrement passer des examens à cette race d’esclaves pour raviver en elle la ferveur fanatique de sa soumission et raffermir l’emprise de l’hypnose scellée en elle, jadis, par la torture et la terreur dont la masse des Urlu-Berlus semble avoir tout oublié mais dont elle ne cesse d’appliquer les diktats. Cette race d’esclaves s’appelle la race des Urlu-Berlus; la désurluberlunisation est un processus complexe dont les Urlan-Berlans savent, la plupart du temps, prendre les commandes à l’insu de l’Urlu-Berlu qui a entrevu son état d’urluberlunisé et qui se met maladroitement en quête de sa désurluberlunisation.

ata elta anaouram tama

La pleuve qui goûte bon tombait d’en haut en tititi-tititi, fine-fine.

Beaucoup de LLs écoûtaient en souriant, en soutenant les respirations-pourtours de tous, conscients ou pas, et en semant du sourire dans chaque minigoutte de pleuve argentée qui tombait, y compris pour ceux qui ne le voyaient pas.

Lucielle prenait des notes. Elle n’était pas la seule.

– Gilles et moi ne voyions, dans les relations du monde, qu’un espace encombré à détruire, dit Lenarrateur à Alice …
– … ça aussi ça m’intéresse, dit Alice, mais ta phrase fait livre …
– Des fois, y en faut qu’y font livre, c’est un raccourci.
– Non! cria Niquelle Tambour.

Liali aux crocs de tigre-sabre leva la tête, là-haut, excédée. Réjean Lenarrateur avait posé sa main sur la bouche d’Alice.

– Pas répondre, murmura Lenarrateur, faut pas nourrir les armirdes.

Il retira lentement sa main.

– C’était pas nécessaire, dit Alice, j’ai compris qu’y faut pas nourrir les armirdes, t’as déjà dit.

Les LLs souriaient. Liali soyait lentement ses crocs de tigre-sabre du plat doux de ses nombreuses paumes.

– … «un espace encombré à détruire», tu disais, dit Alice au narrateur …
– … oui, Gilles et moi ne voyions, dans les relations du monde, qu’une décadence inéluctable, un chaos s’arc-boutant contre ses propres pouvoirs dissonants inhérents au moment même où le chaoformant dynamisé fort quin dmême s’y glissait en entraînant tout.
– Hum, quand tu fais livre, c’est pas aussi clair que quand tu fais pas livre …
– Faut étudier quand même par tous-tout moyens, livres, quipus, cunéïformes, branches d’arbres, épidermes de cailloux, vents et mouvements.
– Oï, oui …
– Plus on s’opposait, poursuivit Lenarrateur, plus on chaotisait. Justement, Gilles me disait d’aut’ trucs de bouquins savants, des dires-livres, du vrai cra-moisi torsant; écoûte ça, tonnette ardente : «La déconstruction du langage est un jeu raffiné dont les déconstructeurs» – Gilles disait «les déconstructeurs européens», il disait ça, fouille, petite ardente – « … dont les déconstructeurs se délectent», donc, «après avoir brûlé les sorciers qui eux savaient se servir de la déconstruction aux fins que tu connais», disait Gilles, comme si l’argumentaire était complet. «Comme les chrétiens qu’on massacrait à Rome constituaient la semence d’une Église qui a régné sur le monde pendant des siècles, les holocaustes de sorciers et de sorcières auxquels l’Inquisition romaine s’est livrée ont graduellement contribué à mettre les sorciers et les sorcières au pouvoir.» Dis-moi qui tu massacres et je te prédirai qui te dominera? En partie, peut-être, mais pas si simple, ici, les Urlan-Berlans sont maîtres en faux-semblants, jamais oublier ça. Ceux qu’on appelait les sorciers et les sorcières étaient simplement des êtres libres que l’Inquisition arrachait aux orées, aux clairières, aux forêts, et leur seule faute était de bien connaître les plantes sauvages, d’en manger, de s’en soigner, de connaître les gibiers, d’être libres, de ne pas avoir à se tuer au travail ou à “gagner leur vie”, comme on a fini par dire, parce que si tu te soumettais pas aux Urlan-Berlans ou à leurs inquisitions terroristes, tu perdais la vie, et c’est encore le cas aujourd’hui, on s’expliquera là-dessus peut-être. La faute des torturés, des arrachés, des terrorisés était de n’être ni des Urlan-Berlans, ni des Urlu-Berlus, c’est tout, en tout cas c’est l’essentiel. Les Torquemadas, ils travaillaient fort, les Urlan-Berlans et leur Inquisition, phoque toute, bloque toute, r’tarde toute, transforme graduellement des êtres libres en Urlu-Berlus, diplômés ou pas. Néoué, les souffleurs d’aujourd’hui sont les descendants des massacrés de jadis, les descendants des êtres libres transformés en Urlu-Berlus poisonnants, les massacrés de jadis sont devenus les savants atomistes urluberlunisés d’aujourd’hui, les monsantos, les pharmaphoqueurs, et autres agents pestiférants, quelques Urlan-Berlans veillant au grain et phoquant tout tout en le sachant, et la masse des Urlu-Berlus phoquant tout mais sans le savoir. Qui le voit? Les Urlan-Berlans le voient, mais pas la masse des Urlu-Berlus … C’est ce que je comprenais de ce que disait Gilles, et c’était pas aussi simpliquant qu’ça pouvait avoir l’air quand Gilles en parlait, genre les bons cont’ les méchants; ça reste à éclaircir, parce que les “bons” sont soumis aux méchants, dans brume, dans graisse de bines …
– Je comprends pas bien, dit Alice avec un sourire malicieux qui voulait dire qu’elle faisait semblant d’pas, c’est livre. Tu … Tu pourrais répéter?

Elle pouffa de rire.

– Oï!, geurliche!, anni han Lenarrateur. Gilles en moine voyait quedam lerreula, ou des scions du monde…
– … oï! tinu, inna ha Alice …
– … oï ma tinu, inna han Lenarrateur. Un nez s’passait en contrebande, une braie toquait des truies, on s’enbrunait dans des cas d’anses innées, des luctabiles à profits, sans compter les aossarts qui brutonnaient la contesse avec pas demme, un enne à place, tu voés bin, pila comtesse aussi en purée d’patates, pis ça la  brutonnait dins coins en craquant les poux voireaux quipétaient sous l’ptidoigt qu’la moman mettait mou n’importe où, pis ordrait avec son doigt d’île pâle glissant les épars de mois beurrés d’salauds qui coulaient comme des annonces de coke pleins d’bave en dégorgeant des champignons dans l’horrizon … »

Réjean Lenarrateur s’interrompit un long moment, l’oeil ailleurs. Alice se taisait, attendait.

– On disait quoi?, finit par demander Lenarrateur d’une voix lente au bout d’un long moment.
– Qu’ça allait mal dans l’monde …, dit Alice en riant.
– Ah?! …
– … Qu’c’était plein d’taloches!
– Dans l’monde? J’disais ça?
– En-dehors aussi, dit Alice. Me semble …

Réjean passa lentement la main d’Alice sur son front, le regard au loin.

– L’Urlu-Berlu est profond, murmura Lenarrateur, dans l’finfond du profond, c’est stupéfiant…

Alice s’appuya sur lui en souriant et en levant les yeux vers le ciel. Lucielle, studieuse, prenait toujours des notes. Les LLs étaient toujours présentes.

Réjean Lenarrateur se tut un long moment. Très long.

Puis il reprit à la demande d’Alice qui insistait doucement en disant : «Je veux en savoir plus, narrateur marrant …»

ata elta anaouram vitae

– Oï! tinu ma tonnant narre, inna ha Alice. Ta maha torrent.
– Oï! taha! Je sais que Gilles voulait m’édusquer en me tritonnant la cibouèle, en me trotonnant l’écoûte a’ec du mastic, en zozottant savant, en calottinant les berges de ses bouts d’doigts pointus, en palifossant comme un d’ces ambigus d’cochons d’élucubrisses ardentés pleins d’moues qui souellent partout comme des bandroches de cous pleins d’citations d’cravates.
– Tu l’détestais?, dit Alice.
– Je l’adorais, titite! Gos peaublême mais on est là pourça. Gilles disait: «Là, des construies siondulles engageaient un jeu franc cassé avec des dons gobés, ces derniers cédés par dés aux astobbés crucifiés dans l’feu comme des dindons dans l’surplis pourri, l’ancêtre du surplus pillé, ça s’lectait l’chrome dans pantoufle, ça uraniomisait plein l’gène … »
– Ah …
– Oui, dit Lenarrateur à Alice. Oui, la moche airbuse se lectait la pantouffle. Gilles disait: «Après le hâvre, le lavoir, c’est l’oir brûlé des sorts sciés qui essavent, qui sessensent, c’est foutu pour à souèr, l’erre kivir phoque ma désurluberlunisation, c’est fêlé, c’est pareil pour la pivir qui tranchecraque la plève qui goûte bon en la salissant avec du vin d’aztèque sali. Hauts sons, lais fins: qui tue l’con l’connait pis le ressemble … »
– Qui peut dire?, inna ha Alice. Gilles, c’était un Urlan-Berlan ou un Urlu-Berlu? …
– Question forte, forte, forte …
– Trois fois forte?
– Ayoye oui!, inna han Lenarrateur. Peux pas répondre en deux mots.
– Dépasse deux mots.
– Pas là-dedans, pas dans les races, pas tout de suite, pis deux c’est toujours quatre, Alice, ou c’est rien que d’la répète.
– Oïs …
– Plus tard, plus tard.
– Deux fois plus tard, di Alice.
– Deux fois multiplié par deux, dit Lenarrateur. Au moins. J’me rappelle encore de beaucoup d’autres choses qui se sont dites, comme «ne naît plus, petit connet sanson», m’avait dit Gilles…
– Ça sonnait Urlan-Berlan découvrant qu’un Urlu-Berlu lui échappe, dit Alice, et alors l’Urlan-Berlan veut plus qu’il revienne sur terre …
– Tu catches par approche d’approches proches-proches, Alice, oui, c’est vrai, ça sonnait comme in gros ding, écoûter finement.
– Plus finement encore, dit Alice. Gilles, c’était un Urlu-Berlu qui …
– Exactement, ardente attentivante moqueuze, dit Lenarrateur… Gilles avait tenté de se désurluberluniser et s’était fait récupérer en partie dans sa tête et dans son système nerveux par l’omniprésence diffuse des Urlan-Berlans, et Gilles, y disait «ne naît plus, petit connet sanson» autant à lui, sans l’savoir, qu’à moi. Ah, et il disait «les laïcrées qu’on tortille au fersang s’échappent des fois, les maudits torchés, quindon, ça marche pas toujours, ça, la connaissance qu’on masse à craie dins classes de fourrage de crânes, faut r’nouveler l’esclavage par cycles, les Urlan-Berlans l’savent pis phoquent la tête, pis l’ventre, pis l’coeur, c’est l’arôme urlu-berlu qu’on s’tue d’humer qui décante tout le temps, contaminé jusque dans moëlle des trognons, ç’a pas cessé d’attuer en roulant les neurones dans la morviepoussiere qui pleure comme une grosse crue qui s’ensemence en s’compostant avec nos trognes, tu dirais ça comment, môcieu du haut tarlin? … » «- Terrible, ces Urlu-Berlus qui s’endésurluberlunisent par accident d’pensée-conscience incontrôlée pis qu’on rattrape facilement en les renconnissant drèla, en leur donnant des grands-gueules parlantes taratantantes, avec des missions criées qui leur flatouille l’egotistine, la prophetette qui leur gonfle le boudin …», que j’lui dis à Gilles. «- Arrête de rire!,» crie Gilles. «- Çartin. Tu néglissais qui?» «- Euh», qu’y dit … – «Euh … Euh …, oui», qu’y dit qu’j’y dit, pis j’attends pas, pis j’y assène du sémantique larigo pleinl’sac, la carlingue, pas m’taire moé, pis tant qu’on est là, des fois, faut s’enparler l’un l’autre, concentré, genre «fin toé, grosse touèle de jus d’codinde, araignée sur le monde urlan-berlante, tétouesse pis décroute! R’garde les têtes réglissées pleines de sucre qui prêchent la libère en vendant des chaînes aux pieds pis des mottons d’viande hachée dogmés dins oreilles, quin! dins oreilles! quin! dins oreilles! Toé aussi tu colles collisse! Comme les Urlan-Berlans, pan zouif pareil, torticolis ontologique calant, le contrôle t’attend caché dans l’fond du café! pis tu gobes, t’as jamais vu ça, tête crossée, c’est du sabletuant, des lectures bouillées d’houillardes pis d’granules, du cauchemardi, du gras de transe tondante, ch’sais lire! jusqu’aux confins d’soie. J’lis les traces, j’apprends, je vois, tu glisses dans farce de dinde hurlée, face de codinde! Pataclaque dins siècles, mon Gigilles, pentotal dins os pis dins néants d’production surzoufiés, costés-crottés à fraction d’cenne près, tassetoé, est arrivée la vérité mutante qui t’carre! pis les toxines qui t’grignottent! réveille! r’tourne pis r’désurluberlunise, r’commence à neuf, les Urlan-Berlans t’ont chafeté la libère pis tu t’enurluberlunise encore plus, y t’ont! «Euh … Euh …»!, persifflait Gilles, «c’est quoi ça?! Ensuite, qu’advint-il, môcieu du haut tarlin? On m’a parlé de sionaises mayonnées, à moi, de crapelles qui perlettent contre l’Urlan-Berlan, ticul! Es-tu fidèle à ma mission? non? tu dis quoi là-dessus, traître? …» «J’dis quoi? Tout c’que j’t’ai dit avant, pis je r’dis. J’te dis mes dires du vrai, pis toé c’est touttoffytassé sucré blessé, pauv’ gros-gras-minou choqué, tu vas finir par te manger, t’as pas d’goût! tu penses te désurluberluniser pendant que les Urlan-Berlans t’urluberlunisent encore plus jusqu’au plus infime petit r’niflage!»
– On souffle un peu?, dit Alice en mettant ses lunettes dans un pli de sa robe.
– Oui, ma douce, j’vais prendre une marche pis après j’vaisj’va dormir dans l’vaste, ça fait du bien, dormir dans l’vaste.

– J’vais faire du thé, dit Alice.

ata elta anaouram amatilla

Alice et Réjean Lenarrateur se versèrent du thé bien chaud et buvèrent et parlèrent.

– Aussitôt les sorts sciés, dit Lenarrateur après avoir avalé une longue gorgée de thé, les sorts scièrent, parce que les Urlu-Berlus qui se désurluberlunisent, on l’a vu, souvent le font en s’enurluberlunisant encore plus sans s’en rendre compte sous l’influence invisible des Urlan-Berlans, ou même, parfois, pour les plus forts d’entre les Urlu-Berlus qui semblent se désurluberluniser avec succès, en se faisant carrément urlanberlaniser juste à la sortie de leur statut d’Urlu-Berlu, ils sont convertis, c’est la dernière épreuve et elle est ratée, ils deviennent des Urlan-Berlans, ça arrive … Faut sortir du deux, ça nous autocroque…
– … Faire du trois, du quatre, dit Alice…

Elle but une bonne gorgée de thé noir, chaud, corsé.

– J’catchouille lentement la complexinnée des choses, dit Alice, j’aime ça lucter toute par écoûte narrénée soit par lettre, quipu, branche, silence, parole intérieure, feeling, peau docile de cailloux, mouvements, j’aime sentir que j’échappe graduellement, par petites explosions de lumière et tendres bouffées douces, à l’urlanberlanisation potentante, setterotiquitou c’est sûr, et ça ouitche en trouant la surface du rhume universel, comment dire la urlante sans berle qui mouille le mot, et qu’il ne faut pas avoir peur du sec quand on boit…
– … fouiller l’flot, poursuivit Lenarrateur après avoir calé une pleine tasse de thé, méditer l’tourelou pasdefarce, sentir la roue, la rouille, la raille de la cité d’alouine qui s’encitrouille totale avec sa grosse face de béton cassant… La sensation libérante du béton qui décroque… Du thé…

Alice se versait une autre tasse de thé, une pleine tasse, et elle en versa autant dans la tasse du narrateur.

– Tchit oï!, dit Lenarrateur, on catchouille par tigouttes, on catchouille, tu catchouilles, le réel doux frisotte comme de l’herbe verte à travers la microcosse heurtée qui pleure, qu’on console, dorlotte, qui s’ouvre en riant…
– Tu catchouilles, c’est accordé, dit Alice, faut sceller ça dans l’Bescherelle.
– Au ferfeu folant fort doux discret comme une commissure d’auréole d’auréole, dit Lenarrateur.
– Ça ondule, dit Alice, ça donne le goût d’chanter. Du thé!
– Du thé! Vas-y!, dit Lenarrateur, taham letam eta rebida:

«la eku te lamsa
«eku ta marlado
«regis ta quetzocate
«pliam ta regidide»

– Rebida dan, inna ha Alice :

«raum ta om kaba
«te na ta om keba
«keba late rosace
«creom ta nur bur a»

ata radigong

– Redetruisse assigong issia trin prehesse, inna ahimta ha Alice …
– Peneda, inna ha Lalem, pourtana …
– Rebeda?, inna han Lenarrateur. Temena?
– Temena, inna ha Alice ta de Lalem tohissa.
– Temena, inna han Lenarrateur …
– Taha, inna ha flux.
– La Issias trin trende prehesse, inna han Lenarrateur.
– Ha el soukka ud noque, inna han afflux.
– Etta counin alin tesse ta datexte, inna han Lenarrateur, o eth taha oalingo.
– Ta togouï loïs touïq, eta crispa.
– Ette Enouï laallahe laallahe allalangue etta doeil, e kalpa, e ta.
– Netelle iguanse ensappe ne cropse dangsa doeil, inna han afflux.
– Laouka, esh touette, esh tetsté, esh par assiba?, inna ha Lalem acouïssa amtam elam …
– Raffi nemeem pasaïolé, inna han Lenarrateur, amaï hama esh per nam ta assiba.
– Don spelemetoul allilouya, inna issa ha flux …
– … atam scella plusse susseré sassure, mekaam …
– Ser sur sisès tala tantan.

Erqouesse etal namitra.

– Esse plusse quoï nonsse ansse quelle sep seq totresse, inna carera ha flux toen han afflux …
– … alla alliya disse a lustions devalla.
– E tqe, inna ha flux toen han afflux, Ocable essem naï ne mennem at e ne mennem, ette assi sem, asseni spemetemoul eth alliliya lya ste rouxe.
– Periud o daha zoash het assa emme, na mea, perre setya sety sassety es eme.
– Hanchefronce.
– E para!
– Pour ette venterre hut speutte tagadoï.
– Ourenem tuah ser si grutnem antsed eth insset ateting…
– Sinde perseï et ut atta tincqure …
– … elle balle ettebes te Eli ifsu ka, tae tikin, toe tikune.
– Ka kea essoud enni vi na houri veïshpesh, inna ha Alice.
– Es estis el illette da ette ut ellife, inna essina ha Lalem, taet eculcopar, a taet ecuquelcar, la taet datra o …
– Eth datra o pourepo sasseste sassette, inna han Ocable, eth haseth dza harma, eth croeste este da ria fo voïlpa, eth do queveüj, eth estheü gzereksisse ta atta hi ehisse, hi ehisse, hi ehisse, hi essi da la hisse, essi la da hisse, toen hissane.
– Ato ta radigong, inna essina ha flux toen han Lenarrateur.

ata mitakram telamoui

– Faudra faire a’ec les ongras du ailment, tonna Nérée du Donjon D’Fond, faudra faire a’ec les malsus d’poux transmis dans l’pourrir des d’sous d’pieds, a’ec les crissements gangliancieux des galles molles qui s’traînent les pignets sur les dalles sans sécher …
– Il parle, murmura Laloui, une LL …
– Le total tort m’encadave, dit Nérée du Donjon D’Fond, les tors qui maladivisent les fentes, la scie qui m’hérissonne à coups d’gloches commersciantes…
– Le long dégât prend la parole…, murmura Laloui.
– Un long dégât d’société!, tonna Nérée du Donjon D’Fond, un long dégât d’société, un trélong d’long dégât!

Les soeurs LLs de Laloui l’entendaient. Elles écoûtaient. La foule grouillait toujours, ne cessait de grouiller en tous sens comme des billes molles ertontissantes sous l’immense voûte sombre du Donjon D’Fond, sous son éloquente absence d’étoiles, la foule scandait des slogans médiadictés, genre «on a l’choix!», «on a toujours le choix!», «une commission d’enquête!», «faisons un débat d’fond!», «ramons zavec ardeur!», «on a inventé la respiration, la circulation du sang et la pousse des ongles!», «cette fois, votons pour un tornon d’bon cochon!» …

– Ni ni, ni non plus ni, ne s’avouillent l’angle hémalogue à juste titre, dit Nérée du Donjon D’Fond, ni l’essouffleur perfidiant des eaux rougies d’mort qui courent pour se sauver, pas plusse que l’équerre du jour ou l’huis qui crayonne sa nuit d’suie toxique pis qui travaille dur dans moëlle de nuit nouère des d’sous d’terre décadenassés pour tout crevasser, pour chérir ses milliards de tombes empoisonnées qui s’escrissent dins croncrons pis qui s’incrabouillent dans des atténuages d’horreurs de croissance qui s’craquent les coings en chantant par les bouches des mognons qu’on souigne, qui s’esdrettent l’asprite dans l’sableur des crasses toffes pour r’moyonner la masse moultante toujours er’moyonnée qui sernouèye dins emblettes meltantes d’étangs des faîtes …
– Tu peux pas l’dire en langue officielle normale!?, dit quelqu’un en caressant ses creux.
– … il parle, murmura encore Laloui…, il dit du dit à dire des choses qui donjonnent …

Les soeurs LLs de Laloui écoûtaient. Nérée tonnait, on entendait le bruire mat de ses fers, ça résonnait.

– … Le fouillis persidiffilochant concentré fuit ac’ sa crasse dins branches mortes enjumentées d’Priam Nasillant …
– Tu peux pas l’dire en langue officielle normale!?, dit encore le quelqu’un en humant ses doigts.
– … ac’ ses sons d’huissons d’Cacadoie qui connettent en crousant Piton Ladouleur et autres Essaime Tarland pharmaphoqués, poursuivait Nérée du Donjon D’Fond, c’est d’la crasse, c’est d’l’ortie morte qui coupe sa tranche d’entrée dins défonces du monde, c’est du compost qui vous karmille la patate en l’éffouérant crue, c’est du topsoil qui aboutit violemment en giclant dans l’long gué plein d’pourri optimiste qui flatoche dur en écrasant tout sur ses falaises!
– C’est quand même encourageant, non?, dit Essaime Tarland …
– Oui, doux miasme fardé, dit Nérée du Donjon D’Fond à Essaime Tarland, si t’aime le pourri qui t’flatoche pis les falaises biodégoulinantes qui recueillent ta coulure …
– Arrête de dire de quossé à Essaime Tarland, dit le quelqu’un à Nérée du Donjon D’Fond, tu manques de respect, y a droit à son opinion, pas d’chicane, c’est cruel, on a toujours le choix …
– T’es mêlé, paquet d’crème!, dit Nérée du Donjon D’Fond. Laisse à vent d’or ta trogne pis l’aune de ton miké…
– Tu peux pas l’dire en langue officielle normale!?
– N’importe comment, tu comprends pas, dit Nérée du Donjon D’Fond au quelqu’un, c’est à cause de ton crissement dur d’la pie-môman qui pâtemouille dans son sable tragique. Dégage ton tarlouin d’ton, détordillonne ta pelure en perlante moulante pis dégoutte-toé-la au fond d’la gorge, t’as souèf, gros tas d’sable, t’es sec, t’es mou, t’es mouillé, t’es mêlé dans ton univoque gros tas d’nouettes, tu comprends rien d’une manière, tu comprends rien de l’autre, t’es mort dans ta langue officielle, les hauts treusageants qui paissent la roche à coups d’catasse en t’arrachanglantant l’oesophage te catastrophent a’ec leurs savates mentales, leurs savecis, leur saveças, leurs fècis, leurs fèças, les hauts treusageants t’encroquent, les Urlan-Berlans te tirent la gobille en s’étanchant l’hypothèque dans ton invisible rallonge glumante, y t’soincent pis tu dis meci, meci, meci, comme les inquisiteurs t’ont appris à le faire y a des siècles en t’terrorisant pis en t’torturant, t’es fète pis tu coures en parfaite rectumitude …
– Tu veux dire «arrête de rire», dit un licteur.
– Je veux dire «vous avez arrêté d’vivre libre», dit Nérée, on vous a terrorisés, torturés, réduits en charpies mentales, pis vous marchez depuis comme des os d’jambons dans vot’ vide, toc toc, en intoxiquant tout …
– Tu peux pas l’dire en langue officielle normale!?
– N’importe comment, vous comprenez pas, je le sais depuis longtemps, dit Nérée du Donjon D’Fond. Vous allez y passer, c’est c’que l’Donjon D’Fond vous dit, j’explique rien, je revendique rien, chus vot’ crasse mollemorte qui parle. Vous êtes propres de toute vot’ crasse exilée à grandes eaux chloréchmiquées décapantes, pis vot’ crasse s’en revient à maison en cherchant vos maudites peaux shaïnées parce qu’ya pus d’place ailleurs pour vos mégatonnes de toxines au fil du temps flochées dréno sous vos culs. L’Utopie qui vient est un dépotoir. L’Utopie Dépotoir. C’est l’Utopie longtemps invisible, la vraie, celle qu’on s’fabrique sans l’savoir, pas celle qu’on souhaite d’un bord en s’préparant aut’chose de l’autre. Un dépotoir qui a déjà commencé à vous envelopper pis à vous varloper, ça sent, ça signe, ça s’montre, tissignes, grossignes, sing-sing, ding-ding. C’est l’Grand Dépotoir qui l’dit. Nérée du Donjon D’Fond, c’est le dépotoir parlant qui vous dit «bonjour, chus l’orphelin géant chassé jadis à coups de pieds dans l’anal impropré, m’en r’viens passer é fêtes pour toujours, y a pus d’place ailleurs, définitif», le temps est venu, allô, «m’en viens passer é fêtes» dans vos peaumourantes chloréchmiquement décantées dans la Grande Bulle du Cul Propre Asepté … Maintenant, la Grande Bulle Propre montre son envers, c’est le Grand Donjon D’Fond Froid Toxique Putrident, étendez la rip ouashmorti now, stie wow, youhou …

Les LLs avaient écoûté, sidérées.

– Le long dégât de société a pris la parole…, murmura Laloui.

ata mitakram otalam

(Le ata mitakram otalam a été rappelé par Alice pour révision (ça barde).)

(Ça a bardé. Revoici le ata mitakram otalam après révision.)

–  Faudra faire a’ec du sel de sire, dit encore Nérée du Donjon D’Fond d’une voix basse qui courait en culbutant les sons au ras des dalles dures foncées, faudra faire a’ec des raisons cuites à laque de sciures de papilles-mouches carbonisées dans l’graizant cidant des ailments, pis a’ec d’la peinture de blesselnose patchante, la celle qui fait rire jaune en provoquant la nouèrisse gluante, pis d’la d’scie d’salive acidulée qui fait des trous qui sentent fort dans surlonge pis qui gruge la paroi cosmique du Donjon D’Fond jusqu’à ce qu’il s’écroule, plein de vides aérants, sur sa grouillasse pitride schistifiée…
– Pourquoi?, demanda Essaime Tarland en tremblant.
– À cause des creux d’où tu t’perds quand j’médite fort pis qu’ça t’carve des trous sinueusement pharmapercés dans peau, pis là tu t’sauves dans tes abîmes niaisorifiants en gralopinant à pas blêmes dans tes ruelles de nerfs perclus massemédiaticidisés pis en chantant des chansons niaiseuses alourdalarmantes qui te jaunissent le sang, tu gralopines pis tu gralopines en branlottant ta grosse tèteheureuse pleine de gouttes de lait mort en faisant des tocs-tocs pointus a’ec tes pieds crochis engoncidulés dans tes pointes de seringues, a’ec des légances de grosse molle pharmacollée pis en t’laissant faire des jouissances de croissance par les trous d’gaz qui t’morschistent les liquides! …
– Requin d’forçat à face de fifre, cria quelqu’un, t’es pas optimiste, qu’est-ce tu fais d’l’économie!? …
– Tu penses que c’est pas ton edeurdon à toé aussi icitte! grosse paire de fesses clouées plates sur ta banquette de chaise gazophagine roulante motorituante!?, dit Nérée du Donjon D’Fond au quelqu’un. Ta face d’écrasement d’suif s’étend partout comme d’la viande nouèrcie suintessante, ch’t’endure dans ma conscience avec tes maudits fers fornicaux encloués dans mes os d’ch’villes pis d’poignets, ça m’enrouillise icitte depuis des millénaires, c’est ça qui t’dépatacle la bine: chus toé pis tu vas t’écrouler sur toé par moé quand j’aurai fini d’rogner l’donjon au-dessus d’ta grosse tête de ferlure momiante, moé j’vas l’savouèr, toé tu l’sauras pas…
– Ah … grosse différence …
– Arquin parasite à face de griffe, tonna Nérée, réveille! …
– C’est pas ma faute, dit Essaime Tarland …
– Face de faquin à tête de snitche qui souitche!, tonna Nérée, écule! …
– Ben là …
– Face d’esclave militant plati!
– Mais là, là vous, là, dit Essaime Tarland, veuillez respecter nos opinions …
– Face de culiche-prédatée!, tonna Nérée, décompose! …
– C’est pas gentil d’dire ça à du monde, dit Essaime Tarland en rougissant longuement du nez, c’est vulgaire, c’est pas du bon français, pissé vrai: ah qu’c’est mauvais pour l’économie, han les autres?
– Tu veux gagner l’gond court!?, cria quelqu’un à Nérée du Donjon D’Fond, excédé. C’est quoi!? Encrasse ta galle pis gratte, toffeur de fond, pharme ta yeule, t’es mauvais pour l’économie!, ça c’est vrai!
– Ça c’est vrai, hurla une gagne de pauvres en faisant du lèche-crédule d’vant a télé.
– Oui, c’est vrai, dit calmement un chef de riches à la télé en faisant du lèche-pauvres, continuez, ça mhuile, ça menduit, ça menlisse, ça mentsé…

Le Donjon D’Fond se tut.

Nérée s’étendit, patient, gigantesque, dans son insistable lit crissant de chaînes et de fers et en reprenant sa méditation concentrée qui arrachait parfois de grands pans noirs au Donjon et les faisait croûler sur la grouillasse.

– Nérée du Donjon D’Fond est vraiment pas diplomate, dit Essaime Tarland qui pleurait. Il est provoquant. Je le déteste.
– Non!, cria Niquelle Tambour.

De toutes façons, écrivit le scribe, c’est pas pour ça qu’il est là.

– En attendant, à cause de lui, j’ai besoin tout de suite d’une grosse dose de pharmouille prescrite, dit Essaime Tarland en s’mouchant l’nez dont des petits morceaux en larmes parfois tombaient au creux de son clinexe, j’ai besoin d’une grosse dose de pharmaphorisant subventionné.
– Hi! hi!, fit Rogné-Chaulé Lehaletant, laissez-moi vous chlorinformer sur quelque chose mon cher Essaime Tarland, ça fait du bien, vous allez voir, je vous chlorinforme que les hommes sont moins intelligents que les femmes, hé! hé!, prenez moi par exemple, sans trait d’union, bien sûr, sans trait d’union, hi! hi! hi! …
– Je méprise l’intelligentsia d’ici comme d’ailleurs, dit Gilles invité à l’émission de Rogné-Chaulé Lehaletant qui couvrait le donjon en direct ce matin-là.

Lehaletant avait la main sur le micron, prêt à couper à tout moment.

– L’intelligentsia ne voit rien, poursuivit Gilles, son rationnalisme de surface n’est qu’un cocon plastique fendrable qui ne la protégera plus longtemps et elle va le sentir de plus en plus, la grue mastiqueuse lui ferrage le porcfolio, lui dénouillonnise la crachatte en lui tordant l’cou dans son neu ouinezor, la glaze moyenne sent sa baise-la-carrière s’étendre dans ses dernières gouttes d’huile sanguinolentes, ça cligne, ça clagne, on les entend tomber, proprets, savonnés, sablés, tondants, tondus, par p’tits paquets tomber dans craque hachivée comme des grosses beurrées d’pleurenicholle ou d’baisemonvirus…
– Hi! hi!, fit Rogné-Chaulé Lehaletant, laissez-moi vous chlorinformer encore, hé! hé!, ça fait du bien, vous allez voir, je vous chlorinforme que les hommes sont moins intelligents que les femmes, hé! hé!, prenez moi par exemple …
– Personne va t’prendre!, dit un auditeur.
– Avec ou sans trait d’poignon, fit une voix incertaine.
– Un tas d’plusse, un tas d’moins, dit un auditeur, ça changera plus l’odeur, trop tard pour chauler…
– Merci d’avoir appelé à mon émission, dit Rogné-Chaulé Lehaletant au dernier auditeur en lui raccrochant au nez et en s’agrippant compulsivement à son cévé d’graze moyenne.

Lehaletant se tourna vers Gilles.

– Qu’en pensez-vous, Gilles?
– La sottise est un poison qui s’attaque à un objet virginal, dit Gilles …
– … ah tiens … hihihi, commenta Lehaletant …
– … c’est un objet plutôt faible, poursuivit Gilles en s’écoutant beaucoup, un objet facile à détruire si l’on sait s’y prendre, à cause du contexte anguistique …
– La désintégration du parlage!, dit un auditeur.
– Taratatam!, cria quelqu’un.
– Votre chlorinformation, monsieur Lehaletant, fait un peu de bien, dit Essaime Tarland, mais c’est pas assez, un bon coup d’pharmebrevure massenphyxiante me ferait du bien, Nérée du Donjon D’Fond est vraiment méchant, heu, je veux dire, «un peu» méfiant, peut-être…
– Branche-toé! crétin d’peuïste!, cria quelqu’un.
– Vivement la Mousse du Carbone!, lança un député, j’ai des parts, j’veux mon fric.
– Merci d’avoir appelé à mon émission, dit Rogné-Chaulé Lehaletant au dernier auditeur en se cramponnant plus que jamais à son cévé.
– Donc, poursuivit Gilles, une masse de quidonques marche dans l’sous-sem en sangluant les aisselles-coudes dans les envahissants courants submercifuges à la fois chlorinformants, oui, bien sûr, mais aussi perglottants, ne l’oublions pas, une masse de quidonques mange la terre avec le foin parce que l’foin mesure même plus un bout d’pouce, une masse de quidonques proche du ghraos premier, une masse de quidonques qui s’abusaille et s’embulbenlise, à fond, plein les siblouettes languiturantes r’soutantes des bas-fonds terrants, ça coclitorribouille, ça vous désencraquinille la tordeuse à pinettes en vous enfonçant encore plus dans l’mâchoir à capilettes dépiemèrisantes ecraniennes chaque fois qu’on prend une plucreuse de fouille, ça vous désidenrouille le rond pis l’gond, quoi, admettons-le calmement, quoique avec ambage si long l’désir, ça vous désidenrouille, oui, mais tout en vous encarcraquant les noix, faut l’dire, ou plutôt, en fait, et pour être précis, …
– … accouche!, cria un auditeur …
– … en vous encarcraquant l’esprit des noix, voilà …
– … hi! hi!, commenta Rogné-Chaulé Lehaletant, les femmes …
– … oui, dans vot’ cas c’est sûr, poursuivit Gilles, je vous l’accorde. Je veux dire que la grande et exaltante aventure du progrès, du pétrole, de la science, de la technologie, de la révolution industrielle et de la révolution électronique mène au ressurgissement de l’idée pure, sans mots, avec des métastrophes métacataboliques métapfuitantes dotées de toilettes et de trous à marde électroniques robotisés qui non seulement chient pour vous, mais aussi, à la fin, vous chient carrément out forèveure sur une musique de Bon Débarras copéraïtée. L’aventure peut aussi mener, cependant, au ressurgissement de l’ininstinct, un volcan d’truquages électroniques lasérisés qui s’inconnaissent en temps réel, quoique avec, cette fois, plutôt des métastrophes métacataboliques métapfuitantes dotées de toilettes et de trous à marde électroniques robotisés qui non seulement chient pour vous, mais aussi, à la fin, vous chient carrément out forèveure sur une musique de Bon Débarras probablement copéraïtée, et non pas des métastrophes métacataboliques métapfuitantes dotées de toilettes et de trous à marde électroniques robotisés qui non seulement chient pour vous, mais aussi, à la fin, vous chient carrément out forèveure sur une musique de Bon Débarras copéraïtée, et c’est ça qui fait toute la différence…
– Le… Le résultat est… l’même?!?…, murmura en hésitant un auditeur que personne n’entendait.
– Il suffit d’ouvrir une petite faille quelque part, dit Gilles, pour que le surgissement vous ré-emméningitise et vous r’javelise électroniquement le gros nerf frotté cru aux acides antiseptiquants, et vous l’carvire même en vous le triple-dranolisant jusqu’aux confins du mortifère surpropre, voire en vous l’cardiovidangeant aux radiures pixellantes mutantes, pourrait-on dire, oui, ça s’est vu mon cher Rogné-Chaulé, à s’en faire saigner les ivoires, ça vous les entartitille, ça, hein? Eh bien, c’est ce pouvoir-là que je vais exercer, mon cher, je suis prêt, je me présente aux élections! Rââââ!!
– Farceur!, lança un auditeur.
– Poux sans bas!, dit un autre qui connaissait l’Histoire de Rome.
– Tu vas pourrir avec la planète comme tout l’monde, lança un auditeur.
– Ne craignez rien, dit Gilles, faites-nous confiance, nous allons tout vous schistifier ça jusqu’à la dernière grenouille!
– Hi! Hi!, dit Rogné-Chaulé Lehaletant en se grattant la vallée, laissez-moi vous apporter un élément important de chlorinformation, sachez que les femmes sont…
– Lâche-toé l’troumichou!, cria un auditeur, ça s’voit pas mais ça s’entend pis ça s’sent!

Lehaletant fit ho! ho! ho! dans l’micro, abandonna son averdoyant creux de vallée, secoua son doigt devant son nez comme un sémaphore pliant plein d’signaux, coupa la ligne, voulut sortir en courant du donjon en réalisant qu’il ne pouvait pas, c’était trop vaste, qu’il ne pouvait même pas mettre Gilles à la porte, ç’aurait pris d’interminables éternités rien que pour parvenir à un seuil – s’il s’en fut trouvé – et finalement Rogné-Chaulé Lehaletant poursuivit son émission seul sans appel, avec une voix qui haletait, cette fois, pour de vrai, et plus que jamais, une main crampée sur le micro, l’autre sur son cévé, incertain mais clâmenbaleur comme jamais, absentoïde mais bruissayant comme une vrille, sautillant rapidement d’la foune sur sa chaise molle, l’anguiste aux tripes, mais d’un sévissement oral tellement total qu’on lui donna une nouvelle paire de caleçons et une promotion pour assurer la tension soutenue du lastique par forts apports de viandes cochonnes et pour souligner clairement qu’on appréciait son art consommé du halètement.

– Cet ata n’est vraiment pas le meilleur, dit Alice.

C’est pas pour ça qu’il est là, écrivit le scribe.

– Je suis d’accord avec toi, dit Lenarrateur à Alice.
– Mais c’est pas nécessairement l’pire, dit Noqué Lebeggueur.
– Ça serait plutôt l’contraire, dit quelqu’un, y a vraiment des moments torcheurs.
– La chicane ça donne rien, dit Essaime Tarland.
– Non!, cria Niquelle Tambour.
– Je songes à enfermer Niquelle Tambour et Essaime Tarland dans une même bouteille avec Liali aux crocs de tigre-sabre, dit Gilles.
– Non!, cria Essaime Tarland, les yeux rougis.
– Non! non! non!, cria Niquelle Tambour qui avait failli crier «oui» tellement elle ne voulait pas.
– Hi! hi!, dit Rogné-Chaulé Lehaletant, ce matin je voudrais vous faire part d’une chlorinforation, les femmes …
– “Chlorinformation”, corrigea Essaime Tarland en rougissant…
– Hi! hi!, dit Rogné-Chaulé Lehaletant, les femmes sont …

Un éclair tonna (c’était un éclair vraiment providentiel) et tous se débandèrent dans l’immense donjon, y compris Rogné-Chaulé Lehaletant qui, on a fini par le comprendre, tenait et tient toujours énormément à son statut de … de …

– … d’haletant mental …, dit quelqu’un …

… mettons; ce qui fait qu’il n’y aura peut-être pas de fin du monde, faute d’individus normaux pour s’en apercevoir. En d’autres termes, faute de monde.

Un éclair tonna donc, et tous se débandèrent dans l’immense donjon mais sans jamais parvenir à en sortir.

Vraisemblablement, il était trop tard, le donjon était plus vaste et compliqué qu’on pensait, et l’idée d’en sortir, après tout, n’était peut-être pas, justement, la bonne.

– Un instant, dit Alice, on finit pas l’ata comme ça!, faut tout de même mentionner que si Essaime Tarland est, disons, tata…
– …pas à peu près, dit quelqu’un.
– …j’veux bien, dit Alice, mais c’est pas une raison pour le faire pleurer!, voilà! Je tiens aussi à déclarer que…
– Pas d’langue de bois pis d’conférence de presse! siouplait!, dit quelqu’un.
– D’accord, d’accord, dit Alice, Nérée du Donjon D’Fond est brutal, ça va, c’est un titan, pas d’doute pour moi, et les titans sont comme ça, travaillent à la hache, bang!, y en faut, mais Nérée du Donjon D’Foind…
– “D’Fond, pas de “D’Foind”…
– …c’est une coquille, dit Alice, c’est au scribe à s’excuser…
– …ou un lapsus-coquille aux intentions malicieuses, enquel cas le scribe aurait scribé correctement…
– Nérée du Donjon D’Fond est parfois cruel, poursuivit Alice, et ça, la cruauté, on peut s’en passer, et le titan Nérée devrait convertir cette cruauté en puissance magnanime…
– …à condition qu’il ait terrassé le dragon d’la sottise tataouïne de Tarland, et c’est pas encore fait, et il faut d’abord vaincre pour être magnanime, et Essaime Tarland n’est-il pas une sorte de titan du tataouisme, et le tataouisme, quand ça domine ça domine, non?, ça domine dans l’mou pis dans l’minou, mais ça domine quand même, non?…
– …je sais, dit Alice, je sais, ça épuise pas la question, mais j’ai dit ce que personne avait dit, j’aime pas la cruauté et Nérée est parfois gigantesquement cruel, comme un titan, c’est tout, c’est dit, personne l’avait dit.

Le scribe a fini par transcrire. Il arrive que, parfois, le scribe se prenne pour Le Scribe, ça s’est vu, et les personnages doivent, ou les événements doivent, intervenir. Rappelons encore que le scribe est au service du Scribe qui, lui, est au service de c’qui doit se scriber. Voilà. Le scribe a scribé ce qui devait se dire, entre autres par Alice. Et d’autres. Le scribe a fait amende honorable.

Bon! C’est assez!

ata mour tanqlatman (tanclanclan)

– Chérie, t’es dans l’stupéfiant corlinde.
– On entend pus un mot, mon chou, rien qu’du silant, rien qu’du tchut-tchut varlopinant doucement, rien qu’du raminou tourelou.
– Chérie, c’te pause-canard-là pas d’douze, c’est phoque-morue goude en souelle sauvage.
– En veux-tu encore?
– Hum … C’est bon …
– C’est phoque-morue pas d’chasse, la ville est en poussière, ça s’est fait boum, d’un coup, pus rien, faut attendre, mais j’pense que y a pus personne.
– Pus personne nulle part?
– Pus personne nulle part.
– Pus personne… Hum … C’est bon…
– Ça fond dans bouche …

ata astlaqatlchal

– Sat aqua nob a tarjeté, dit un nonquidonque.
– Tarjeté corps superbe! virginal!, dit de toute sa force Sainte Juisséla la Ravissante.

Les quidonques mâles la contemplaient, les mains pantoises, le coeur flobi, le membre en feu.

– On m’a recueillie d’force dans un poison kaki!, lança encore, de toute sa force, Sainte Juisséla la Ravissante.
– Un poison kaki?, s’enquit un quidonque soudain hypoflobant.
– Ou un poisson kaki?, brodenouilla Essaime Tarland qui passait par là.
– Un poisson qu’a qui !?!, demanda une quidame aux allures outranchées mais que trahissait un sourire vernaculaire inquisite irrépressiblement fornicotilde.
– Ça achève-t’y, les jeux de mots?, lança une quidamine instruite.
– Probablement pas, dit un quidonque onscrit d’une voix étranglée et dont le coeur flobiant semblait cette fois vouloir pénétrer à vitesse mortante, en skis alpins, dans sa dernière gare.
– Laissez-vous combler d’un silence mystérieux et vous obtiendrez la réponse, dit Sainte Juisséla la Ravissante. En attendant, laissez-moi laver vos bras liquides.
– Enveloppez-les de terre, qu’ils soient fertiles!, dit une quidamille heureuse en levant ses aisselles luisonnantes, blanchavrillonnes, délicatellement poilurées, et en louant Dieu de la ravir.

La quidamille heureuse devint immédiatement aussi ravissante que Sainte Juisséla la Ravissante et une fraîche et délicieuse nappe de rosée descendit et s’étendit sur tout le pays et en chassa d’un coup tous les poisons.

ata sirocoul sirocie

– Très piloré de guerre et pourtant nasci, dit Sistante Antan en pansant le visiteur, il est doué.
– Oui, dit Anne Recluse, il membrasa presqu’en même temps que surgissement fut, et fort dourable et soiessain, mais il fut plus tard blessé par arme de guerre, nama nascidire.
– C’est par la guerre qu’ils le lèsent de la féconde charpie noire et des enlaçantes choses vivides et autres vivaces qui percent partout dans ses textes comme des membrilles, dit Sistante Antan en parlant du visiteur qu’elle pansait et qui commençait à entrouvir les yeux, je sais qu’il est doué…
– De toutes façons, dit Anne Recluse en inondant d’eau ses membres graciles, les sens qui lèsent les autres à dix heures s’arrêtent à cause d’la clause d’la pause qui fait qu’y causent-causent-causent, et alors plagier souvent ils oublient ou parfois plus n’osent.
– Vous voulez dire?…, dit Pierre le Combattant, celui que les deux femmes appelaient «le visiteur», en regardant lentement autour de lui.
– C’est à cause d’la fin d’la guerre qu’on parle comme ça, dit Sistante Antan à Pierre le Combattant, vous savez?
– Sept où?
– Sept est un samedi, dit Anne Recluse, sept est l’histoire de notre feintelaguerre pendant l’une des guerres, on avait découvert comment magiquement entrouer-former une fausse guerre dans des confins d’ondes et de mers où les armées qui nous ravageaient furent attirées par tambours d’anges, de saints, de saintes et de dieux, et on a roulé les armées par monts béants et vaux trompeurs, très loin, par vals de mots scandant leurs pas vers d’insondables tombées abomminirantes, par dires créateurs et éloignants irrésistiblement philopouvants, et les guerres ont disparu d’ici d’un coup en s’engouffrant par grandes masses, ainsi que dit, dans ces lointains cataractants controuverts par nous et illico refermés sans bobos et sans retours possibles pour ces armées, sinon dans des éons futurs, peut-être, et alors on les ré-entourloupera de façon même, quoique avec une aise amplement augmentée car on pratique et on progresse, et vous allez nous aider, et je veux des enfants de vous, ainsi que Sistante Antan, des enfants qui rient, qui jouent, qui croissent, qui prient et qui réjoyssent les mondes, n’est-ce-pas, Sistante Antan?…
– Notre feintelaguerre c’était vraiment réussi, dit Sistante Antan à Pierre le Combattant, et vous voici.
– C’est à la faveur de feintelaguerre qu’on vous a sauvé, dit Anne Recluse en inondant de nouveau tout son corps.
– Nous aimions votre coeur, dit Sistante Antan.
– Vous étiez sans peur, bon, magnanime, dit Anne Recluse, vous protégiez de toute votre âme…
– … et sans jamais de cette laideur cruelle qui empoisonnait tout…
– Vous étiez ainsi resté bel et profond dans les soies de nos mémoires, dit Anne Recluse.
– Elle vous trouvait liquéfiamment chérissable, dit Sistante Antan.
– Ici, dans le village, dit Anne Recluse, on vit très, très longtemps depuis l’exil si puissamment expfuitoffiant de ces agressions de guerres qui fondaient sur nous… On ne les écoûte plus, plus du tout …
– Vous voulez dire?, demanda Pierre le Combattant.
– On les écoûte plus, dit Sistante Antan.
– “Les”… ?
– Lésés coûtent plus, dit Anne Recluse en étanchant de nouveau son fin corps blanc. Écoûtez attentivement toute parole et transformez tout: ne faux plus lésés, ni coûteler, visiteur, énensculptez les syllabes, éprouvez leurs mutations, leurs prolongements, leurs agglomérances inattendues, les univers qu’elles attisent, forment, reforment. Explorez les mots, vous allez pouvoir voir, vous êtes d’ailleurs philopouvoir, nous le savons, c’est pour ça que vous êtes ici, faut pratiquer, on va pratiquer.
– Vous parlez avec charme et mystère, dit Pierre le Combattant, et ces choses me sont intimement familières…
– Faut tout simplement plus être lésé, poursuivit Anne Recluse en s’inondant encore d’eau fraîche, faut l’aiser, ouvrir le mot, ouvrir les zones parallèles, y précipiter léseurs et autres pioches agressives entêtées qui, de nous tous, encraquenaillent la vie en imposant toutes formes de cruauries lésantes, de sciances nanines surcoûtantes et péteuses, d’emmeuretissements surfacturants et pillards…
– On est devenu invisible ici, pour tout le monde ou presque, dit Sistante Antan avec un sourire plein de fossettes, on est devenu invisible en décortiquant et en laissant se dire les vrais mots cachés polysens incarcérés dans les mots encossés durs durcis des dictes et des doctes, et si au bon moment, se pendant, l’on sait faire et durer, avec doufilant art, attention, fin doigté, alors tout méandrenfantement de formes nouvelles rapidement s’enjuisselle, se déferre, s’odofélinise ou s’enluisonne ou s’arsonne et se souffle, se siffle ou se mésiffle, joue, s’enmoissonne et s’enchaire, foisonne, s’entonne, danse, ici, là, partout, laminant et courbant en grâce les étonnements, les coups de coeur, les extases…
– Et …
– Les léseurs ne savent même plus que nous existons, dit Sistante Antan en enveloppant Anne Recluse d’une chaude et odorante couverture de laine fine et rose …
– Pourquoi?, dites encore, demanda Pierre le Combattant.
– On peut le dire autrement, dit Sistante Antan …
– Ainsi? …
– On a découvert les antremondes et la bénévolence de tant d’entre eux, dit Anne Recluse.
– De méchantes mains baguées entortillonnantes, macables et torturantes les avaient enfardés d’entournoupinettes pour les cacher, pour nous en oustraire, dit Sistante Antan.
– C’est là qu’on s’est rencontré par accidents de lieux vous et moi, dit Anne Recluse, il y eut membrassement, membrasement…
– On a découvert les entremondes, dit Sistante Antan…
– Et les autremondes, dit Anne Recluse…
– Et on peut les amener ici, dit Sistante Antan, les plus chouettes, s’entend…
– Et on peut renvoyer, dans les mondes paschouettes, tous les mondes paschouettes d’ici qui nous les crasent à tout le monde, dit Anne Recluse, je vous le dis, on y a renvoyé des armées complètes de broyeurs torrentiels sans vergogne…
– Sont jamais revenus, dit Sistante Antan, en tout cas pas ici.
– Les portes leur sont ici fermées à tout blettour, dit Anne Recluse, et ils ne verraient plus rien de toutes façons…
– On fait entrer aut’chose en ce monde…
– Parce qu’on aime ce monde…
– L’entrée, dit Sistante Antan, et la sortie, on les a découvertes, et on a découvert et exploré les mondes vivants de la nouvelle atmosphère, les nouveaux mondes naissants, ou renaissants, les nouvelles frances qui s’étendent toujours, les nouveaux êtres, l’aide intime, la …
– Parlez, parlez de ces choses merveilleuses et douces, mesdames, dit Pierre le Combattant, pendant que je guéris …
– On joue en prière inapparente avec la petite Jehanne de France, dit Sistante Antan, elle a cassé la Guerre de Cent Ans la petite pagiane fort pieuse, vous le savez, c’est pas des prunes, cette pucilla c’est une inépuisable source d’enthousiasme, priez Juisséla la Ravissante, qu’on appelle aussi parfois «la Réjouissante», elle vous plait aussi, non?, elle est belle, forte, son éros est sublime et son enlacement vaste et respirant, elle a beaucoup d’aspects, pas froid aux yeux elle non plus, priez, et la coque des mots et des formes craque, on entend rire et chanter, c’est plein d’pouvoir, plein d’nouveaux mondes, priez, surtout quand vous avez soif de bonheur, il est caché dans les replis des formes, il est enroulé dans les étendues de couleurs, c’est tout proche tout proche, ou priez quand vous avez soif tout court, ou priez sans soif, l’art en est infiniment dégustable. Vous voulez voir? …
– J’advins ici par dessein, destin, dit le visiteur, je le sais bien, je vous cherchais, vous me pansez, me ravissez, mais ne m’étonnez nullement, j’ai toujours voulu être ici, j’étais probablement ici bien avant d’arriver…
– Intrare shivam balam, dit Sistante Antan, vous avez ce qu’il faut, on vous l’a dit et en ces choses on a pris beaucoup d’expérience et la justesse de notre philovoir va grandissant …
– Oui, murmura Anne Recluse en souriant plein le visage et en tenant la main du visiteur, et maintenant que les noces ont été célébrées…
– On va commencer par … tiens, oui, cet exquis lais qui me vient tout-à-coup, dit Sistante Antan, oui, écoûte bien ça, visiteur :

«À la santé du coeur
«qui sait que soif est désaltérance
«et que grâce demandée
«l’est par grâce qui demande.»

ata mura

Quand la roue des mondes s’arrête net de tourner, elle attire instantanément et brusquement à elle, avec une force décuplée par le choc du freinage, tout ce qui s’apprêtait à  tourner, et l’impact de tout cet à-venir qui rapplique à vitesse brusquement accélérée relance immédiatement la roue en marche à la manière d’un gant qu’on retourne – et tout ce futur gigantesquement contrarié et retourné d’un coup comme un sol, envahit le passé et des deux s’épousent. Se confondent. Comme toujours, vraisemblablement.

Telle est la source de la douceur et de la férocité futures.

Telle est la source de la douceur et de la férocité passées.

C’est une même source dont tout sourd en temps d’instant.

Karma, karma pas.

ata plour ouatatzal

– On a mené haut l’airette urgie qui s’ment dans l’instant pur.
– On voyait leur jeu.
– C’était d’habitude.
– Garçon! Une autre coupe de nuit astrale pétillante!
– Et qu’ça trinque!
– Oui bacchâ!
– J’aime pas ça quand vous parlez comme ça, dit Essaime Tarland.
– Lâche mon p’tit doigt!
– Ils se parlaient dans le coulis des allouettes, dit une LL méditative en survolant la taverne.
– Je comprends d’où vient ton imparfait, dit une autre LL qui l’accompagnait dans son élan tranquille et silencieux.
– Le temps, dit quelqu’un qui ne criait pas.
– Une coupe de nuit astrale pétillante pour monsieur!, dit le garçon en toquant un énorme glaçon noir palpitant sur la table.
– Et ta! c’est le nirvâna!
– Faut bien commencer quelque part, dit une voix venue de partout.
– Qui a éclaté de rire, t’as entendu?
– L’abeille bêtée buzzait dans son île…
– …et ça suffit à celui qui sait tout…
– …doux rire et petite faille qui cligne…
– …bonjour le vide, bonjour le plein!
– Quelques parcelles cotées en bourse pour que la marche s’empenne les pieds et se gave de sons d’talons, dit un pétroglué.
– Ah, massacres, mensonges et drapeaux, je vous veux!
– Cessez d’épouvoirer l’peup, vous-là, les Jeve, Xerxès, Bushdicks, et vous autres aussi, les suiveux timinous pleins d’trous!
– Oui, hissez-les haut, haut, pis floshez-moi tout ça dans des fusées, flashe pis floshe pis woosh en l’air loin loin!…
– … qu’y nous vouèyent même pus de leur maudite Saturne pesante pleine de sang grouillé!
– Vous tenez là des propos fort braisarmants!, dit un pétroglué en se tripotant l’oeil et en se faisant craquer les asphaltes.
– Oui, et qu’ça trinque!
– Le temps file, coud, découd.
– Oui bacchâ.
– Quand c’est fini en continuant sans savoir…
– Les pieds dans porte, faites passer l’air!
– …ça vogue évidé dans l’néant en tintant.

ata namita matouti

– La chair parfois ment, mais pas toujours, dit quelqu’un. Raffiner l’écoute.
– Qu’est-ce qu’il dit?, demanda Issias à un autre quelqu’un.
– Il dit : «La chair parfois ment; mais pas toujours raffinée, l’écoute.»
– Es-tu sûr de ça?, demanda Issias. Et de ceci : «Celui qui pourra arracher, du coeur de Kaôme-Ha, le souffle Ha, la ramènera sur Terre.»?
– La ramènera sur Terre ou la tuera, dit Alice.
– Ou tuera la Terre, dit Enouï.
– Faudrait voir, dit Ocable.
– Ne pas s’ensabrer dans les conclusions, dit Alice, vérifiez les perceptions!
– Elle a le nerf juste ma petite douce, dit Réjean Lenarrateur.
– Présence fertile et persistante, narrateur marrant, dit Alice.
– Philovoir, murmura la voix de Sistante Antan.
– Voile envolé peut parfois révéler un très juste ajustoir, murmura la voix lointaine d’Anne Recluse, et l’on contemple alors la poitrine du ciel, toute rosée.
– Es-tu sûr de ceci, demanda Issias à quelqu’un: «Kaôme-Ha dit que Kaôme Ka Ka Ka est une nouvelle arme de guerre-éther.»
– Kaôme-Ha est-il-t-elle une LL, demanda la voix lointaine de Loïse?
– Pas d’L dans Kaôme-Ha, dit quelqu’un.
– Une expiration, cependant…
– Ash…
– Ce qui implique une inspiration.
– Trouver le passage…
– Ka produit du blok, à la manière cendrante de ces missiles dont le souffle en s’enreptant fore.
– Oh!…, tu attouches le dit, murmura une voix.
– Fortesch!, du bout du doigt! comme ça!
– Que naisse l’air chaud de l’ouïr, que croisse le philovoir, dit Ocable à Tikun qui brillait sans parler…
– Qu’il se glisse en étoilement dans les silos longs des mouvements philotones, écrivit le scribe…
– Et que se raffine la philécoûte.
– Et que la foi, enfin, se distingue de la croyance et qu’on les fusionne et les sépare en sachant qu’on le fait.
– Kalme et katastrophe commencent par un même ka, dit une LL, puis s’éloignent, et à la fin se retrouvent enlacés en leurs débuts.
– Il y a un L dans kalme.
– Oui, dit une LL, un seul L. L’autre L est toujours ailleurs.
– Toujours ailleurs?, dit Issias…
– D’où démembrure tâtonnante cyclique et retour à ka, dit la LL, puis ça recommence, jusqu’à ce qu’on réalise qu’on a trouvé le bon passage, et alors ça cesse de voguer évidé dans le néant en tintant comme si ça continuait alors que c’est fini… Le couple kal kat s’igrecquise de nouveau, un L d’un bord, un T de l’autre, kal et kat, un même radikal et deux tiges, puis ça se multiple, les myriades apparaissent enkalmisées en rêvant très fort de la tige katastrophe éloignée qui vibre à l’appel de sa soeurtige et rapplique en un grand mouvement folaviant tournant, enkatastrise de ses mille bras les enkalmés qui s’en kalmènent alors tant d’être ainsi si passionnément enkastatrisés et enkatastrophisés qu’ils s’en enkakatinent furieusement en se multipliant à profusion et derechef s’en enkatastrophisent encore plus par enfrissionnement s’amplifiant, et finalement s’ékakrasent enmassamplifiés dans les mille bras retombant du grand katakalmant tonitruant de la nouvelle katastrophe réunifiante étonnamment enkatakalmante en son radikaltakalmant originel où le kafrémissement final s’enrobe en lui-même pour un temps qui n’est plus et pourtant, ça kale en l’abîme mûr pour remûrir en cet abîme ka…
– Et?
– C’est la finale. Puis de nouveau c’est ka, kal kat, kalakata… Différentes formes mais essentiellement même kal-kat, même surgissement doubletige… C’est une histoire, dit la LL, elle t’écrit tant que tu ne l’écris pas, écris-la et va t’étirer comme un chat, le scribe est là pour ça, et so is le chat itou, dans ton âme et dans tes doigts.
– Et après?
– As-tu trouvé le bon passage?, demanda la LL.
– Hum…
– Au fait, qui es-tu?, demanda la LL.
– Ka, kahinkaha, omniprésente et persistante.

ata mir naoma tahame

(ata orga curiol da na Contesse Cui-Cui)

– Sept heures d’attitudes qu’on fuse à plein écran, dit la Contesse Cui-Cui d’une main charmante à Manon Jacquette, ça nous maintient dans un étang tanal, daignez donc que je vous contesse une histoire…

Manon Jacquette, donc, tintant soudain un peu du poulx, défonça l’écran télé d’un coup de talon, prêta l’oreille, et capta.

Le grand salon de la Contesse Cui-Cui, dans le Donjon D’Fond, était fort achalandé.

– Et pis Hughes Lamanivelle, dit Dame Lama-Brambin en interrompant la Contesse, à selles tout le temps!?
– Oui! Hughes Lamanivelle dit Lamainvilaine à selles tout le temps!, lança la marquise Andenouillette de Hompleur-Torschia.
– Ah! lui, dit quelqu’un, lui avec son nhuis lèsegot, la faucille en l’air…
– Sa fraudite vie de vidange de vieux verre de bouteilles pointues comme des crayons!, lança Dame Lama-Brambin.
– En dépit de tout ça, dit la Contesse Cui-Cui, cessez vos gérémiandes, je vais vous conter l’histoire du banquier…
– Refuser l’as histoire, dit Thomas Le Hissant, c’est pas rien que refuser une bonne dose d’anaspiquante confinée dans le taureau fou d’elle qui poke, oh que non!
– «Elle»?
– La Contesse Cui-Cui!, dit Thomas Le Hissant.
– C’est un «m» qu’il faut, dit Essaime Tarland, pas un «n»…
– La Contesse Cui-Cui conte!, cria de loin Hugues Lamanivelle dit Lamainvilaine qui ragardait le hockey à la télé rivetée à la chaise transpercée au fond des cabinets où l’on était toujours sûr de trouver Hugues Lamanivelle dit Lamainvilaine.
– La ferme!, cria Dame Lama-Brambin.

Hugues Lamanivelle dit Lamainvilaine baissa le volume en forçant lentement.

– Exact, dit la Contesse Cui-Cui en parlant tout autant de la bouche et du visage que de la main et en s’adressant à Essaime Tarland.
– Ah…
– Tu frises le fourire sans le toucher!, dit la Contesse Cui-Cui dans un grâcieux mouvement de pastels frilants, mais Nérée du Donjon D’Fond vous le dira: plus creux c’est stupéfiant, la traversée du fou rire c’est la traversée du Léthé pimpant…
– Vous voulez dire?…, demanda Essaime Tarland.
– Va voir un peu su l’vert beu!, lança la Contesse Cui-Cui d’un air canaille qui fut sans effet sur le perdécouilli des pharmaprêtres ékclektopitèkes plagieurs.
– Vous êtes bien dure envers lui, dit Alice, et envers ces millions de jeunes empharminés et perdécouillis dont la grouillasse coulotte partout dans l’immense Donjon.
– Chère Alice, faut bien tenter d’arracher ces faussefilles tarlandimollies à voix glabre aux effets mortiaterrants des prouvettes ékclektopitèkes pharmafemellisants et enféministeurs, dit la Contesse Cui-Cui, n’est-ce-pas, Manon?
– Oh oui!, dit Manon Jacquette en tintant toujours du poulx et qui prêtait l’oreille et captait.
– Vous avez peut-être raison, dit Alice, on les a longuement déshommés…
– Oui!, et maintenant on a qu’du mou pharmalissé à se mettre sous l’oeil, dit la Contesse Cui-Cui en ragardant tout autour, ou à se mettre au fond de la grotte, des roses ou du palais.
– Non!, cria Niquelle Tambour, c’est vrai!
– Et la messe en temeum, elle, lança quelqu’un, on l’a oubliée?
– En clé datée d’jeu, c’est excellent, dit quelqu’un, ça vous délésine la poussionne, mon vieux, la prière descend doucement jusqu’en sa fusion originelle avec la source, ça échappe aux Ékclektopiteks plagieurs…
– On joue-tu?!
– C’est qui la vache qui m’dément mes dés?!, lança quelqu’un.
– Ah! Distrait tout le jour durant mais, de nuit, très hissant…
– Oui, et très jeuvoie, très avillonnant d’ahan.
– Si le Léthé se traverse sans peau, demanda quelqu’un, de quoi donc la Contesse Cui-Cui a-t-elle besoin en faisant le plein de seinsiraze?
– Question obscure, dit quelqu’un sur un ton méditatif.
– «Seinsiraze», dit Essaime Tarland, c’est même pas au dictionnaire…
– Il sait se servir d’un dictionnaire?!, lança quelqu’un.
– Électronicopharmalicobouturé, dit quelqu’un.
– Ça non plus, dit Essaime Tarland de sa voix glabre.
– C’est son femmeux drame du dire que la Contesse Cui-Cui veut conter?
– Je ne l’ai pas mentionné, dit la Contesse Cui-Cui, mais vous avez deviné pas mal de choses… Le savez-vous?
– Tout ça c’est en biguë, dit Essaime Tarland.
– Tu commences à comprendre!, lança quelqu’un.
– On peut en oire un ou deux sans skider même quand ça glisse, et la Contesse Cui-Cui aime fer et conte, et parfois on pleure, n’est-ce-pas, Contesse Cui-Cui?
– Oui, oui, je vais vous conter…
– Avant d’entendre, faut d’abord qu’on s’exprime en parlant tout le monde en même temps, dit Syguilles Lefrère, arnelaquez le kiki, le lapipi, plaquenouillez le kiki laiki kaki, ça peut trèbullien meuder le trévaloir et dévaller la ponte…
– Ça recommence, dit Essaime Tarland, c’est en biguë, donnez-moi un peu de pharmaquinquin.
– …pour mispasser le carrousème…
– …prétaler l’ombre en calant la bredaine…
– Il faudra aussi entendre le racoune tester l’aire, dit Syguilles Lefrère, après on écoûtera la Contesse…

Le racoune se glissa parmi l’assemblée, du lard plein les lunettes, en entonnant:

«Danse, mon mouène, danse
«T’entends don pas la danse
«T’entends don pas mon donjon long las
«t’entends don pas mon donjon craquer!»

La Contesse Cui-Cui, aux anges, souriait de tous ses pastels au chant vif du ratonlaveur.

– Le racoune est un avatar de Nérée du Donjon D’Fond, dit la Contesse Cui-Cui. Vous saviez?

ata mir naoma pena qat alamou (pena qat alamin)

(ata orga curiol daher terrebidone aesta da na qoï (qol) qena Contesse Cui-Cui)

– Un bon drame éminent, ça s’motise, ça s’fable, ça s’pouèvre, ça s’dit, dit la Contesse Cui-Cui à Manon Jacquette.
– Je tinte encore gaiement du poulx, dit Manon Jacquette, et je capte toujours les histoires et les contes.
– Ses mots d’air sont pourris pis nets en chien, les deux, dit Thomas Le Hissant en faisant allusion aux dons de contesse de la Contesse Cui-Cui.
– Vous ne connaissez pas la littérature, dit l’animateur Rogné-Chaulé Lehaletant en s’abbriochant du pré de la Contesse Cui-Cui tout en tenant fermement son p’tit mognon sans fil, laissez-moi vous chlorinformer sur quelque chose, poursuivit Lehaletant, je vous chlorinforme que les hommes sont moins intelligents que les femmes, hi! hi! hi!, n’est-ce-pas?, chère et célèbre Contesse Cui-Cui…

La Contesse Cui-Cui, souriant de ses plus charmants pastels roses, se leva, posa sa main grâcieuse sur le crâne dégarni de Rogné-Chaulé Lehaletant, lui fit faire un élégant demi-tour, releva d’une autre main ses jupons de contesse et autres affriolements blancs plus légers, et allongeant avec une remarquable souplesse et grâce l’effilement tentaculant de la jambe qu’elle s’était choisie, la droite, enfonça, avec un irrésistible balan, sa chaussure, délicate en son encuirement mais redoutablement bien enferrée en sa pointe et fort cornue, dans le béant troumichou de l’animateur, en lançant:

– Dieu que j’ai horreur de ces flagorniffleurs de dames, de ces efféministants séducteurs de sottes, de ces sadiques ramolisseurs d’esprits mâles, de ces prétentieux entrecuideurs licheux et sans particules! Mais ils se prennent pour qui!?
– Que voilà un telexcopentant fait d’arme, dit Thomas le Hissant admiratif, je n’en ai pas vu de tel depuis Jehanne et la Guerre de Cents Ans, il y faudra certainement fort quantité d’onguent!

Avec l’aide de Pitou Ladouleur, Rogné-Chaulé Lehaletant rampa péniblement sur des enkikimètres, voire des lieues, vers les coins éloignés et sombres de l’immense Donjon, hors d’atteinte de la Contesse; on aurait dit un exil en ce que Lehaletant ne reparut plus de tout cet ata.

– N’en parlons plus, dit la Contesse Cui-Cui, je vais vous conter…
– …un document lissant brodé de paille de nez…
– …pondu d’ovaire missel et fort féru d’onguent…
– …un document très mélestant du pied et plein de charmes et de dentelles…
– …un bon drame qui sent la belette et le décoqage, dit quelqu’un, un bon drame qui tète sans honte le chou du coeur, un drame qui serait comme un pleur jaillissant de la commissure externe de la paupière, un drame comme une demeure d’une infinie douceur…
– Pour chacun qui stance ainsi, il pleure toujours en vie, Villon.
– L’an tissé plein de pas, ça s’cueille, ça s’conte, tète ça: un cas de spesse dur, un heureux mélange de noix noires et dorées…
– Un conte de dette ypernelle, ça sent la banque s’enthrale j’vous dis, humez l’cone, le vent, le rouliyant tournis des feuilles quand elles dansent du ventre et de la lisière et du rebord, et ça c’est vraiment terrible comme conte quand les feuilles parlent, ce qu’elles ont à dire…
– Un conte de banques!?
– Bon, encore un jeu de mot!, lança une quidonque instruite.
– On le sent déjà, l’an droit d’la scission qui gît dans l’dénillant corpu avec des airs de maffre malaudité, ça va se faire entendre, ça!
– Mais ce sont des histoires épouvantables!
– Non! cria Niquelle Tambour, ce sont des histoires épouvantables!
– Vous voyez bien!
– Ça nous fend l’coeur!
– Qui s’y feu s’y mêle, et conte, et quipus est, et sciemment s’y fée la mamelle exquise, dit la marquise Andenouillette de Hompleur-Torschia, et c’est ce qui mêlemêle comme dans bêlebêle, c’est comme d’la laine et du lait, c’est une histoire de bêle is beautiful, de gingembre et de membre, d’horradeur, de sucre, de doigt long et de marbre doux…
– Horreur! cria une femme formidable écorniante. Méfamez-moi si vous l’osez!
– Bêle, c’est comme belle qui crie fort! c’est tout!, lança la marquise Andenouillette de Hompleur-Torschia
– Non! cria Niquelle Tambour.
– Vous voyez bien!, dit la marquise Andenouillette.

Il y eut un moment de silence.

– Vous êtes bien patiente Contesse Cui-Cui, dit Manon Jacquette sur un ton amusé.
– Je sais que le conte va se conter, murmura la Contesse Cui-Cui en jouant de ses dentelles. Vous êtes pressée?
– Jamais, dit Manon Jacquette, vous le savez bien.

On aurait dit, deux LLs.

ata mir te naoma naharina at ana qaouit (l’oisève philibou)

(ata orga curiol dirraboula mecurta dinaral seqeïa nohihanna mea prema Contesse Cui-Cui)

– L’oisève fit l’hibou comme une perdrix lutive égarée dans une banque un soir de jeunesse lente, commença la Contesse Cui-Cui.
– En un corps complet, plein d’plumes, les totons dans l’dos!, dit quelqu’un.
– Oui!, dit la Contesse, vous avez deviné des choses.
– Faut-il être pur sang?, demanda Manon Jacquette.
– Sinon faillir?, demanda quelqu’un.
– Quand vous entendrez l’histoire, dit la Contesse Cui-Cui, vous comprendrez…
– Ou bien peut-être faut-il être tiressé dur?, dit Dame Lama-Brambin, ou bien erroqué tortor common dit sur mes terres sauvages, ou bien grosse grimace dentelée et, par loie révocquée, avoir le corps dodu durci durdur au fond du trou noir creusé dans l’banquignoleur fennecé?
– Tu t’enfailles et tu touche!, dit la Contesse Cui-Cui, t’atteins les nerfés!
– T’es écoeurante! Contesse Cui-Cui, lança Dame Lama-Brambin.
– Vas-y ma Cui-Cui!, cria la marquise Andenouillette de Honpleur-Torschia.
– Tu tombes et t’es debout!
– Tu t’entombes et tu bous d’boue!
– Encore des jeux de mots!, lança, énervée, une quidonque instruite.
– Conte!, lança Manon Jacquette.
– Crache le morceau!, cria la marquise Andenouillette de Honpleur-Torschia.
– Manon Jacquette a raison!, conte!, lança Dame Lama-Brambin.
– Ah! vous brûlez de flammes devineresses, mes cuiscuis, dit la Contesse Cui-Cui, du calme; je vous invite tous en mes grottes, en mes roses, en mes pastels, en mes parfums et mes palais, en mes regards et mes douceurs astrales et subséquentes, dit la Contesse Cui-Cui. Contessage fut promis, et le dit dudit, donc, s’ensuit, faites-vous de bons bouillons…

«Donc, comme je disais, l’oisève fit l’hibou comme une perdrix lutive égarée dans une banque un soir de jeunesse lente – ça me ressemble, non? Et en apercevant l’oisève – c’était moi, à peine déguisée – le banquairier en chef a branlé son six thèmes vermouillé, pas pu résister. Il a voulu faire ça avec un yin de fer, un yang d’éclair, une dent d’acier, mais aussi un full haïr alléguardant de moi, la Contesse Cui-Cui, oui, de moi! Mais pourquoi? Qu’importe!

«C’était fort dépastellisant, mais aussi, admettons-le, fort en frissions de fins de choses, mais aussi fort en dettes écrasées sur nos trognes à tous et sur moi-même et assénées archichichement par le banquillier en chef pissamment fort d’avidasseries collantes – on trouverait maints sens et directions à l’événement, mais ce n’est pas le lieu. C’était même humectant parfois.

«Mais le banquillier, disons-le crûment, rata sa truelle, se transperça du compas, échappa son équerre en se heurtant la pinelle, et en lieu d’un yin de fer, en lieu d’un yang d’éclair, le banquérrissant mortissiant m’orfit la chose avec une informidable faiblardise de fisciance, un désendoigtement surmalichiant, terriblement corruptillant, comment dire?, vous savez?, malacide, malagauche, malgoûtant, à croire qu’il était né, lui aussi, comme Essaime Tarland et tant de milliers d’autres pharmaplonitudes qui hantent les jours de la fin dans le Donjon, d’une prouvette entubulée dans le temple des Ékclektopiteks plagieurs.

«Donc, le banquotillant transcompassé, disais-je, me fit la chose sans effinances, avec une informidable faiblardise de franchise, de finesse, de fisciance, oeil torquis, torquinant, torquifiant, torquichiant, ongle dur, embouts glacés, tout ça fort choquant, je le répète, tout ça terriblement frustifère, orageant, cataclytant, et le banquardier m’orfit donc ainsi la chose au risque de faire, de cette histoire délicieuse cicontée en l’instant, un simple drame rancunifide hollyboudinant – dont je ne voulais pas – tant la déception pour la Contesse Cui-Cui, moi, était choquignolante, cholératrice, flagellifère, transpercucine, et tendait à soulever en moi une réaction terridissiméante extracide rugissante contre ce triste et mollisson flabot banquallier pillard clapotant!

«Je me sentais soudain inondée d’arrognantes enfhumattes cripplantes, voire d’infuriantes eaux vicides, c’est dire!

«Et la Contesse Cui-Cui, oui, moi, s’enfuria derechef tous azimuths, et lico, tous les convoqua et les sonna les commises et commis clapoussifs, assoumis, muets, muettes, tristement penchurés, et Cui-Cui les tapa, alors là! oh! les tapa, les retapa, les agiffla, les virevolta, les insulta, les transfrappa, les fella parfois, pourquoi pas, les tangua, les fessa, les refessa, les torpétrissa, les cunnila parfois, pourquoi pas, les fouetta, les détarlandisa, les r’fouetta encore, et encore, et les r’fella, et les coudepiedissa, coudepiedissa, un travail de moniale en furie, de titane méticullante et colèriphyge – qui attira d’ailleurs le regard et la présence de Nérée du Donjon D’Fond, oui oui, je commençai à le sentir tout près (je l’séduisais, ma foi!), je sentais sa méditation me couler dans l’échine et envahir partout, ho!, quelle énergie! – tout ça, tant, que finalement la Contesse Cui-Cui, toujours moui!, les souleva tous et toutes les commis et commises, maintenant enfuriés et furieux, hors de leurs fourreaux entubuloïdants et autres enfermements acquis moulandeurs, éducratiques, obécrissants, enchiffriants, pinçants, enlaidissants, ensoumissiants!

«Furieux, les commis et commises se levèrent donc tous en rugissant d’un seul choeur, c’était sublime, et lui coupèrent la tête au banquarole, d’un coup, schlack!, catabolle, coquerelle molle, matamolle, boule de plâtre, roucoulis tanguant, pétigne pétagne!, d’un seul élan, et si furieux, tous, et d’un tel ahan, oh!, qu’ils me le firent à moi aussi!!, imaginez donc!, ho!, oui, oui, à moi aussi, par accident, du même seul élan, marrant, schlack! la têêêête de la Contesse Cui-Cui! C’était comme un hommage trop terriblement enfleuretant, vraiment, mais quand même très touchant, vous l’admettrez, et on me laissa cependant le cou, oui, oui, à moi, j’insiste, car le cou du banquaterre, lui, il faut dire, détail curieux, roulait de ci de là comme un gros boudin – une fantaisie des commis et commises – séparé d’abord des épaules, schlack!, et ensuite de la tête, reschlack!, qui, elle, la tête du banqoqo, gambadignolait en d’autres quartiers comme si elle se sauvait.

«Et la Contesse Cui-Cui, moi, eh bien ma tête riait sans vergogne, oui, la mienne, oui oui, c’était indécent de rire comme ça tout en me la recollant avec l’aide de je-vous-dirai-peut-être-qui, vous le demanderez, ou vous le devinez, les doigts terriblement gluants et collants, morte de rire, comme ça – la traversée du Léthé pimpant, quoi, avec cette délicieuse sensation de brise dans les aisselles, le long de mes bras et mains levés qui me recoiffaient la bouguignole en phase de recolliance, et déjà assez vite recollée – devant tout le monde, comme ça; à l’occasion j’aime l’indécence et, dieu merci, les occasions ne manquent pas. Donc.

«Ce fut pour moi une sorte de mégalorégal inthralifiant, busqué, mais d’un busqué, je vous le dis, une polycaresse qui m’attouchait de partout, et l’heureuse Contesse Cui-Cui, toujours, moi, ainsi tirée du champ poli des salons et des choses socionounounes dont on nous gave et nous enterre dès la naissance, tirée de tout ça par le soulèvement et le tranchurement du système branquilinaire crosseur et pillard, et par mon cou maintenant tout en verve et liquorant encore de sa recollure réentêtante – vous voyez la p’tite marque, ici, dans l’cou? – ma tête, que commis et commises m’avaient redonnée avec grâce en s’excusant comme des petits cailloux précieux! – ah, la politesse exquise et gallante de ces commis et commises revivifiés! – et la Contesse Cui-Cui, oui, moi, toujours moi, tirée, donc, des choses socionounounes qui nous percluent de partout depuis trop longtemps, saisie par la tête, mais par la taille aussi – on m’aimait -, hors de ces socionounouneries, et saisie aussi par tous autres volutes de chair vivante que l’on trouve, ici et là, de tout mon long, donc, l’extatique Contesse Cui-Cui, ci-ravie de partout vous contant toute cette formicachose, volait partout dans l’écurie banquinaire en lâchant, dès que tête fut bien recollée avec l’aide de vous-finirez-par-savoir-qui, en lâchant, donc, d’abondants cuis! cuis! d’oisève scellants et gravants pour faire à la fois réaliste mais aussi ridicule, c’est important – un excellent déguisement quand on anéantit toute la banquignasse – et pour rappeler ainsi en ces lieux épiques, pour toujours, le passage mémorable, passionnellement engravé ainsi, de la très belle, très enthousiaste, très suave Contesse Cui-Cui que vous adorez!

«Tout c’qu’y restait à faire, c’était d’faire – contre mauvaises talochades osées et créances mollissonnes floshantes, et floshées – bon cuir; et puisque corps nu caresse l’espace entier, battre peau tendrement avec tous et battre à plat tout l’chapeau jusqu’à complet essorrement. Ce qui fut fait.

«Sorte de fête qui se donnait de face, pas d’dos, c’est sûr. Les pauvres commises, auparavant, elles allaitaient des omoplates, le banquinaire avait toujours bu à même leur dos, et quand il a voulu qu’on lui verse son bonus il a réalisé qu’il avait perdu la tête alors que la mienne était bel et bien, déjà, tout gentiment recollée grâce à l’aide précieuse de je-vous-dirai-peut-être-qui, vous le demanderez – mais vous le devinerez, j’en suis sûre -, j’étais donc maîtresse des lieux avec commis et commises, et le banquignifiant n’a jamais retrouvé son chef, il a été aspiré vers un grand trou noir, au loin, à des enkikimètres de là, et il a filé en une sorte de long floushe aussi ridicule que mes cuicuis, et quand à son bonus, un énorme bonus que j’vous dis, ébin, son bonus, lui…

– …oui, et son bonus, lui?!…
– …en tout cas, bonne ou mauvaise, poursuivit la Contesse Cui-Cui, qu’on science la formicachose contée, qu’on l’affine et qu’on la peinperloupe, qu’on la méticulasse et qu’on la surenvirgognise au quart de poil, on va bien voir, en ses détails, ça suintait de partout dans les barrelages, dans les tiroirs, dans les vitrines de plâtres, dans les bobettes bourrées d’fiat ménés et autres petits empoissements rouges, un grand niagara de couleurs débanquées, ah! ravissants détails…
– Soufflant, murmura Réjean Lenarrateur.
– Et l’bonus?!, crièrent les quidonques.
– Quelle histoire!, dit Ézékiel Jean-Conteur.
– Qui vous a définitivement aidé à vous rencoqiller la tête, Contesse Cui-Cui?, demanda Alice.
– Nérée du Donjon D’Fond, pardès! Il est doué!
– Le titan?!, dit Alice.
– Mais oui, ma chaloupinette au coeur explorant, dit la Contesse Cui-Cui, c’est mon enfant.
– Ah…
– Il faut savoir charmer les entités bourrues, dit la Contesse Cui-Cui.
– C’est bien vrai, dit Alice.
– J’aime ton coeur, Alice, dit la Contesse Cui-Cui.
– Saurons-nous jamais?, dit Alice.
– Et l’bonus?!, crièrent encore les quidonques.
– Ah…, fit la Contesse Cui-Cui cette fois en penchant la tête et en se mettant à dégraffer son long corsage.
– Le bonus!, cria encore quelqu’un.
– Oui, oui, murmura la Contesse Cui-Cui en se fouillant de tous les bras le tour de la poitrine, du ventre, des reins.
– L’histoire est-elle finie?, demanda Manon Jacquette.
– Que non!, chère Manon, dit la Contesse Cui-Cui, je vous ai évidemment rapporté l’bonus du banquairier – avec la planche à billets!, là, dans un coin, tout est à vous, et cette fois c’est la fin de la chiasse : avec la planche, allez-y, mais vous prêtez sans intérêts!, fini la pillardise!, compris? En tous cas, ils auront plus mon fric!

La Contesse Cui-Cui fit glisser, de ses pastels flottants et libérés d’agraffes, de gigantesques liasses de billets de banque qu’elle fit voler en l’air.

ata raïna

(ata orga curiol im daboula deter roabridon ata dea Contesse Cui-Cui)

– Et ce n’est pas tout, dit la Contesse Cui-Cui…
– Ce n’est jamais tout avec elle!, dit manon Jacquette.
– Jamais, dit la Contesse Cui-Cui, je n’y peux rien, regardez mes pastels, la longueur de mes jambes quand Rogné-Chaulé Lehaletant je décloisonne, vous voyez bien que je suis à la fois en pleine forme et infinie…
– Jamais de fin…
– L’univers n’a pas de forme, dit la Contesse Cui-Cui.
– Quoi?, dit Essaime Tarland.
– L’univers est composé d’une myriade de formes et il est infini, dit la Contesse Cui-Cui, donc il n’a pas de forme et n’a pas de formes, singulier, l’univers, et pluriel, et infini, pas de fin, pas de formes et plein de formes, en même temps…
– Par la parcette qui bat le train, qui laque l’aqua tharsis!…, murmura la marquise Andenouillette de Honpleur-Torschia.
– Permettez que j’interrompes votre entonnement, marquise, dit la Contesse Cui-Cui, ce que vous dites est preuve coulante du chaos courant, et que la mémoire des ombres de capotages s’enlise longtemps avant de crever ses eaux d’rire et de laisser glisser l’enfant dans les mille nues des paysages.
– Capotages psycholougaroulogiques, dit la marquise Andenouillette de Honpleur-Torschia, c’est à la fois terrifiant et exquis.
– Sortove, dit Dame Lama-Brambin.
– Sasse-la, dit quelqu’un, taille-la grande, la cité de Pesiongilles âprée, on creuse dedans, ça s’écroule, comme l’écurie en feu d’la Contesse Cui-Cui, n’est-ce pas, Contesse Cui-Cui?
– Votre écurie en feu?!, fit la marquise Andenouillette de Honpleur-Torschia.
– La banque!, dit Manon Jacquette, on a tout vu ça, la Contesse a tout conté.
– Mais oui, dit la Contesse Cui-Cui, la banque était mon écurie. N’avez-vous pas senti les hennissements, les coups de sabots, la chute des pommes de route, l’odeur de fumier? J’ai mis tison brûlant au coeur flopant de la banqrasse, ça hissait tous azimuth…
– Vous avez pas raconté l’incendie!, cria quelqu’un.
– Bof! Ben y a eu un, un incendie, dit la Contesse Cui-Cui, voilà! Une forme de plus, une forme de moins…
– Donc, gît ici el neveu dans l’lait que sa passe-main tenait, que sa pomme à canon crue digérait…
– Genre, dit quelqu’un…
– Les choses peuvent se dire de bien des manières, dit la Contesse Cui-Cui.
– Ça continue, dit Essaime Tarland, c’est en biguë.
– Et encore?…
– Ses sept états dhermas sont une fraude aliziaque bourrée d’lard vert, dit la marquise Andenouillette de Honpleur-Torschia…
– Ses sept états dhermas!?!, fit Essaime Tarland.
– Les pharmadécouillis ont du mal à comprendre, dit la Contesse Cui-Cui, peut-être ne le peuvent-ils pas. Je tenterai une autre fois de vous expliquer, petit Essaime, ou vous pourriez demander à Jean Lenarrateur, ou à Alice, ou à… Le banquier voulait tout, il a toutu, il brûle encore au fond d’un trou noir que le feu n’éclaire plus, c’est de la bouse ardente couverte de nuit crissante clifottique, il cherche sa tête en agonisant des mains, ses doigts tâtent le vide, ne vous réjouissez pas de sa souffrance mais réjouissez-vous de votre librature et de ces pans de donjon qui ont croulé en craquillonnant, on approche du fond, après c’est stupéfiant, tu dis plus rien, mais avant ça prolycogne, ça crouliphlogysse, némitte.
– C’est tout?
– J’ai conté mon conte!, dit la Contesse Cui-Cui, et je vous ai apporté la planche à billets avec un gigantesque et généreux bonus dont les billets pleuvent encore sur vous, concentrez-vous sur l’essentiel.
– Un délice désenmurmant longuement médité, murmura Nérée du Donjon D’Fond dont la voix ondoyante fit encore tout vibrer jusqu’aux lointains confins du Donjon en faisant s’écrouler des tonnes de flancs minéraux sur une impressionnante étendue de grouillasse.
– Dans ce cas, piquons une conversation mineure dans les ondoyes du oile!
– Oï! La l’bon ouant!
– Ça devrait être ata mirniet.
– ata mirniet na tahoma naome tersqom, qlassipi…
– qlassim ore doïni iqa Contesse Cui-Cui
– Ça sera ata mirniet dans ata raïna! Oualpa!
– Olu ata orga curiol im daboula deter roabridon ata dea Contesse Cui-Cui..,
– Olu…
– On a changé d’esphère!
– D’un ata oder.
– D’un donqon science conque de veille avec une alterlance en quinconce…
– A’ec dillantresselangues qui dérêvent au fil du bourdu.
– Les yeux ennuquillés!
– Les yeux caïquouants!
– Des bullettes bleutées éclatent fines en silence, des poissons d’argent se courbent dans l’air comme des larmes en phase de grâce lisse.
– Tu nous apprends rien!
– Ah non?! Ben dis-le : «Laïtou, laïtou!» Pas de gêne! Croque-toé l’bonbon! T’aimes ça quand tu comprends? Ben dis-le : «Laïtou, laïtou!», c’est clair, tu comprends tout.
– Partout on sait qu’c’est Rosse-Double le Canard, le puissant paraïdum ondé, c’est lui qui fait tout ça!
– Non!, cria Niquelle Tambour.

On sentit Nérée du Donjon D’Fond vibrer à ras du sol d’un rire sourdement fretonnant.

– Réunir sept parties culées, passé dix, arrondissez l’sel…
– Pitancier, sers les retards, le souffleur du val ronchonne et tète encore les mots d’un âge de décatharsisse ébraillée et il mérite mieux.
– Monsieur du cumul éploré, vous vous livrez à vos humeurs!
– C’est un travail de qouips!
– On s’arrête mais ça s’arrête pas!
– C’est ça.
– Hey! Hausse l’idérée sous l’marteau des cipayes!
– Oh! Joli! On se lance dans l’art!
– Réveille ta rive!
– Je suis la ligne du son…
– Grescion l’absaut! Faut travailler!
– Cessa la question.
– Ça lui passera, lança un quidonque en éclatant de rire.
– Un p’tit poème?
– Oï!, dit Alice.
– Ouassi, c’est dit douessant :

«Qui veut maintenant communitraire la vache?
«Avec ou sans accent?
«Avec ou sans épices?
«Qui veut tuer le son?
«Qui veut tendre la prise du bec au pauvre?
«Qui veut mouler la rhubarbe à battue?
«Faut que gueule se passe
«Et l’âme hontée du lac crie
«En faisant flocfloc sur les cailloux des bords.»

– C’est solennel!
– Mais ça dépend de rien!
– C’est du solennel dans l’air comme du matinal bleuté.
– Nous avons tous été séduits par les jambes de la Contesse Cui-Cui.
– Merci, dit la Contesse Cui-Cui en martelant du bout du doigt la pomme verte qu’elle pelait sur son genou.
– La jambe droite était particulièrement amarrante, perspicace et frappante, Contesse Cui-Cui.
– Mais que contenait donc cet ata?, demanda Alice à Réjean Lenarrateur.
– Une scène de la vie quordienne dans les petites et grandes tournentes de la Grand’ Roue du Donjon, lui dit ce dernier.
– Encore du biguë, dit Essaime Tarland d’une voix aiguë, pharmadétressée, étalement glabre et pathétiquement découillie.
– Et un poème fort franc, nontropo biguant, dit un quidonque d’une voix charnellement normale. Permettez que je m’absente.

(à suivre – toubicon ti nioude)

(suiva geante – ata tour ti conniante)

© copyright 2011 Hamilton-Lucas Sinclair (Loup Kibiloki, Jacques Renaud, Le Scribe), cliquer

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3 Responses to Une Saison dans l’Donjon (oeuvre en progrès).

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