À la santé du coeur qui sait que soif est désaltérance (ata sirocoul sirocie).

Eagle Tower et Inner Bailey. Courtoisie de Ruth Dean, 1972. © Copyright Alison Stones. Source : cliquer.

«À la santé du coeur
«qui sait que soif est désaltérance
«et que grâce demandée
«l’est par grâce qui demande.»

Extrait de:

Une Saison dans l’Donjon.

ata sirocoul sirocie

– Très piloré de guerre et pourtant nasci, dit Sistante Antan en pansant le visiteur, il est doué.
– Oui, dit Anne Recluse, il membrasa presqu’en même temps que surgissement fut, et fort dourable et soiessain, mais il fut plus tard blessé par arme de guerre, nama nascidire.
– C’est par la guerre qu’ils le lèsent de la féconde charpie noire et des enlaçantes choses vivides et autres vivaces qui percent partout dans ses textes comme des membrilles, dit Sistante Antan en parlant du visiteur qu’elle pansait et qui commençait à entrouvir les yeux, je sais qu’il est doué…
– De toutes façons, dit Anne Recluse en inondant d’eau ses membres graciles, les sens qui lèsent les autres à dix heures s’arrêtent à cause d’la clause d’la pause qui fait qu’y causent-causent-causent, et alors plagier souvent ils oublient ou parfois plus n’osent.
– Vous voulez dire?…, dit Pierre le Combattant, celui que les deux femmes appelaient «le visiteur», en regardant lentement autour de lui.
– C’est à cause d’la fin d’la guerre qu’on parle comme ça, dit Sistante Antan à Pierre le Combattant, vous savez?
– Sept où?
– Sept est un samedi, dit Anne Recluse, sept est l’histoire de notre feintelaguerre pendant l’une des guerres, on avait découvert comment magiquement entrouer-former une fausse guerre dans des confins d’ondes et de mers où les armées qui nous ravageaient furent attirées par tambours d’anges, de saints, de saintes et de dieux, et on a roulé les armées par monts béants et vaux trompeurs, très loin, par vals de mots scandant leurs pas vers d’insondables tombées abomminirantes, par dires créateurs et éloignants irrésistiblement philopouvants, et les guerres ont disparu d’ici d’un coup en s’engouffrant par grandes masses, ainsi que dit, dans ces lointains cataractants controuverts par nous et illico refermés sans bobos et sans retours possibles pour ces armées, sinon dans des éons futurs, peut-être, et alors on les ré-entourloupera de façon même, quoique avec une aise amplement augmentée car on pratique et on progresse, et vous allez nous aider, et je veux des enfants de vous, ainsi que Sistante Antan, des enfants qui rient, qui jouent, qui croissent, qui prient et qui réjoyssent les mondes, n’est-ce-pas, Sistante Antan?…
– Notre feintelaguerre c’était vraiment réussi, dit Sistante Antan à Pierre le Combattant, et vous voici.
– C’est à la faveur de feintelaguerre qu’on vous a sauvé, dit Anne Recluse en inondant de nouveau tout son corps.
– Nous aimions votre coeur, dit Sistante Antan.
– Vous étiez sans peur, bon, magnanime, dit Anne Recluse, vous protégiez de toute votre âme…
– … et sans jamais de cette laideur cruelle qui empoisonnait tout…
– Vous étiez ainsi resté bel et profond dans les soies de nos mémoires, dit Anne Recluse.
– Elle vous trouvait liquéfiamment chérissable, dit Sistante Antan.
– Ici, dans le village, dit Anne Recluse, on vit très, très longtemps depuis l’exil si puissamment expfuitoffiant de ces agressions de guerres qui fondaient sur nous… On ne les écoûte plus, plus du tout …
– Vous voulez dire?, demanda Pierre le Combattant.
– On les écoûte plus, dit Sistante Antan.
– “Les”… ?
– Lésés coûtent plus, dit Anne Recluse en étanchant de nouveau son fin corps blanc. Écoûtez attentivement toute parole et transformez tout: ne faux plus lésés, ni coûteler, visiteur, énensculptez les syllabes, éprouvez leurs mutations, leurs prolongements, leurs agglomérances inattendues, les univers qu’elles attisent, forment, reforment. Explorez les mots, vous allez pouvoir voir, vous êtes d’ailleurs philopouvoir, nous le savons, c’est pour ça que vous êtes ici, faut pratiquer, on va pratiquer.
– Vous parlez avec charme et mystère, dit Pierre le Combattant, et ces choses me sont intimement familières…
– Faut tout simplement plus être lésé, poursuivit Anne Recluse en s’inondant encore d’eau fraîche, faut l’aiser, ouvrir le mot, ouvrir les zones parallèles, y précipiter léseurs et autres pioches agressives entêtées qui, de nous tous, encraquenaillent la vie en imposant toutes formes de cruauries lésantes, de sciances nanines surcoûtantes et péteuses, d’emmeuretissements surfacturants et pillards…
– On est devenu invisible ici, pour tout le monde ou presque, dit Sistante Antan avec un sourire plein de fossettes, on est devenu invisible en décortiquant et en laissant se dire les vrais mots cachés polysens incarcérés dans les mots encossés durs durcis des dictes et des doctes, et si au bon moment, se pendant, l’on sait faire et durer, avec doufilant art, attention, fin doigté, alors tout méandrenfantement de formes nouvelles rapidement s’enjuisselle, se déferre, s’odofélinise ou s’enluisonne ou s’arsonne et se souffle, se siffle ou se mésiffle, joue, s’enmoissonne et s’enchaire, foisonne, s’entonne, danse, ici, là, partout, laminant et courbant en grâce les étonnements, les coups de coeur, les extases…
– Et …
– Les léseurs ne savent même plus que nous existons, dit Sistante Antan en enveloppant Anne Recluse d’une chaude et odorante couverture de laine fine et rose …
– Pourquoi?, dites encore, demanda Pierre le Combattant.
– On peut le dire autrement, dit Sistante Antan …
– Ainsi? …
– On a découvert les antremondes et la bénévolence de tant d’entre eux, dit Anne Recluse.
– De méchantes mains baguées entortillonnantes, macables et torturantes les avaient enfardés d’entournoupinettes pour les cacher, pour nous en oustraire, dit Sistante Antan.
– C’est là qu’on s’est rencontré par accidents de lieux vous et moi, dit Anne Recluse, il y eut membrassement, membrasement…
– On a découvert les entremondes, dit Sistante Antan…
– Et les autremondes, dit Anne Recluse…
– Et on peut les amener ici, dit Sistante Antan, les plus chouettes, s’entend…
– Et on peut renvoyer, dans les mondes paschouettes, tous les mondes paschouettes d’ici qui nous les crasent à tout le monde, dit Anne Recluse, je vous le dis, on y a renvoyé des armées complètes de broyeurs torrentiels sans vergogne…
– Sont jamais revenus, dit Sistante Antan, en tout cas pas ici.
– Les portes leur sont ici fermées à tout blettour, dit Anne Recluse, et ils ne verraient plus rien de toutes façons…
– On fait entrer aut’chose en ce monde…
– Parce qu’on aime ce monde…
– L’entrée, dit Sistante Antan, et la sortie, on les a découvertes, et on a découvert et exploré les mondes vivants de la nouvelle atmosphère, les nouveaux mondes naissants, ou renaissants, les nouvelles frances qui s’étendent toujours, les nouveaux êtres, l’aide intime, la …
– Parlez, parlez de ces choses merveilleuses et douces, mesdames, dit Pierre le Combattant, pendant que je guéris …
– On joue en prière inapparente avec la petite Jehanne de France, dit Sistante Antan, elle a cassé la Guerre de Cent Ans la petite pagiane fort pieuse, vous le savez, c’est pas des prunes, cette pucilla c’est une inépuisable source d’enthousiasme, priez Juisséla la Ravissante, qu’on appelle aussi parfois «la Réjouissante», elle vous plait aussi, non?, elle est belle, forte, son éros est sublime et son enlacement vaste et respirant, elle a beaucoup d’aspects, pas froid aux yeux elle non plus, priez, et la coque des mots et des formes craque, on entend rire et chanter, c’est plein d’pouvoir, plein d’nouveaux mondes, priez, surtout quand vous avez soif de bonheur, il est caché dans les replis des formes, il est enroulé dans les étendues de couleurs, c’est tout proche tout proche, ou priez quand vous avez soif tout court, ou priez sans soif, l’art en est infiniment dégustable. Vous voulez voir?…
– J’advins ici par dessein, destin, dit le visiteur, je le sais bien, je vous cherchais, vous me pansez, me ravissez, mais ne m’étonnez nullement, j’ai toujours voulu être ici, j’étais probablement ici bien avant d’arriver…
– Intrare shivam balam, dit Sistante Antan, vous avez ce qu’il faut, on vous l’a dit et en ces choses on a pris beaucoup d’expérience et la justesse de notre philovoir va grandissant …
– Oui, murmura Anne Recluse en souriant plein le visage et en tenant la main du visiteur, et maintenant que les noces ont été célébrées…
– On va commencer par … tiens, oui, cet exquis lais qui me vient tout-à-coup, dit Sistante Antan, oui, écoûte bien ça, visiteur :

«À la santé du coeur
«qui sait que soif est désaltérance
«et que grâce demandée
«l’est par grâce qui demande.»

Extrait de : Une Saison dans l’Donjon.

© copyright 2011 Hamilton-Lucas Sinclair (cliquer)

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